Les plus belles pages de Yann Moix

Yann-Moix-futur-remplacant-d-Aymeric-Caron_exact1024x768_lYann Moix, écrivain et réalisateur, chroniqueur dans l’émission de Laurent Ruquier “On n’est pas couché”, est aujourd’hui bien connu du grand public. Il a reçu en 2013 le prix Renaudot pour son livre de 1400 pages intitulé “Naissance”.

Voici quelques-uns des plus beaux passages de ce livre, où chacun pourra savourer sa prose étincelante. Nous avons respecté la syntaxe et la ponctuation.

« Dans les cieux colères. Étincelles all over. Le souffle dans les roues, les têtes là, narines béantes, bœuf bec crinière, roussie crinière, roulant dans les incendies. Flambées d’animaux, feulements embrasés. Tourbillons autodafés. Accélèrent dans l’holocauste. Rallye fournaise. Le Mans bûcher. Les roues crissent au virage du brasero, freinage au tison, virages grisou. Flamboiements et carcasse, ailes déployées frottées dans les feux orange et jaunes, animaux frères très rôtis, fracas de flots flambés, brûlures pétillantes. » (page 101 de l’édition en livre de poche).

C’est beau, non ?

 

Mais voici un autre passage, page 473 :

« Nous avons fini dans le rubriquisme, dans le pointdevuetisme, dans le coupdegueulisme, dans l’opinionisme, dans le billetd’humeurisme. Et nous avons sombré dans le préfacisme, dans le tabledesmatiérisme. Et nous avons opté pour l’oursisme, pour le coupdeprojecteurisme. Et nous nous sommes notés dans le papiérisme et dans le maniérisme, dans le maquettisme et dans le marketisme. Et nous avons échoué dans le lèchebottisme et dans le fayotisme. Et nous avons dégringolé dans le calembourisme et le cruciverbisme. Et nous nous sommes enlisés dans le reportérisme et l’envoyé-spécialisme. Et nous nous sommes englués dans le mis-en-pagisme et l’événementise. »

On espère ne pas avoir fait de fautes d’orthographe en recopiant !

 

A la page 840, on trouve ce dialogue, qui vaut son pesant d’or :

– Calme toi, zobiloqua ma mère. De toute façon, tu ne supportes pas d’autre prophète que toi-même !

– Moins fort ! ondobliqua mon père. Ils vont nous surprendre… Tu savais, toi, que Jésus avait une maîtresse ?

– Jésus, tu es certain ? kabigoula ma mère. Ça m’étonne quand même de Lui !

– Oh, hé, galopiqua mon père. Tu ne vas pas commencer toi non plus !

–A quoi, subapulqua ma mère.

– A mettre des majuscules partout quand tu parles de Jésus ! kiroûka mon père.

–Pardon mon loup, ça m’aura échappé… mamiroquit ma mère.

– Oui, eh bien contrôle-toi, blômut mon père. Je ne veux pas chez moi d’une grenouille de bénitier… »

Et ce dialogue se poursuit encore sur une pleine page, c’est-à-dire qu’en réalité, c’est quatre fois plus long (ou lourd) que ce que vous venez de lire !

 

A la page 1004, Moix donne encore la mesure de son talent littéraire :

« Alors, queskicéti qui vous tenterait ? Quel « Que sais-je » ? Un sur Alger ? Sur le sandwich ? Sur Bob Seger ? Sur notre belle cathédrale d’Orléans ? Sur les molaires ? Sur Conlon Nancarrow ? Sur les tongs ? Sur vos amis les hématomes ? Tic et Tac ? Sur Friedrich Gulda peut-être bien ? Sur la transe ? Sur Hans Robert Jauss ? Sur l’oxudase ? Sur l’orchis de mai ? Sur le bredouillement ? Sur les pleurocystides ? Sur le sarou ? Sur le frisoi ? Sur le midrah Tehillim ? Sur les serpentins ? Sur la spinosella ? »

 

Et là encore, il y en a une pleine page qui suit…

 

On ne peut hélas pas citer toutes les merveilles contenues dans ce livre de 1400 kilos, mais chacun aura pu apprécier le discernement du jury qui délivre chaque année le prix Renaudot.

Et ce sont les mêmes qui s’étonnent que les gens ne lisent plus !

Hervé Ryssen

 

Voir aussi notre vidéo Yann Moix l’antiraciste