Le réseau SFR et les intérêts israéliens

Patrick Drahi et SFRNous avons résumé et recomposé ci-dessous un long article d’Emmanuel Ratier publié le 10 décembre sur le site Egalité-Réconciliation, sous le titre “Qui est Patrick Drahi ?”

Au début de l’année 2014, quand la société Vivendi a annoncé la mise en vente de l’opérateur SFR, la société Numéricable s’est portée candidate face à Bouygues.
Et « David a gagné contre Goliath », lançait Patrick Drahi le 14 mars après la défaite de Bouygues.
SFR a donc été achetée pour 13,36 milliards d’euros (soit une détention de 60 % du capital) par Numéricable. La grenouille a avalé le bœuf, puisque Numéricable était huit fois plus petit que SFR. Mais l’acquisition a pu se réaliser grâce à un endettement massif.
À la tête de Numericable-SFR, dont il dirige le conseil d’administration, Patrick Drahi fait maintenant jeu égal avec Orange, avec 28,2 millions de clients fixe et mobile.

Le jour de l’officialisation du rachat de SFR, fin novembre 2014, l’Autorité de la concurrence a encore validé le rachat de Virgin Mobile par Patrick Drahi, qui venait aussi de racheter Portugal Telecom (7,4 milliards d’euros) au brésilien Oi une semaine auparavant.
Sa société Altice (premier actionnaire de Numéricable depuis janvier 2014) accumule à ce jour 25 milliards d’euros de dette.

Patrick Drahi a aussi largement contribué à la recapitalisation du quotidien Libération en investissant 4 millions d’euros en avril, puis 10 millions d’euros le 31 juillet, devenant ainsi actionnaire à 42,5 %.
Il a déjà acquis les chaînes Vivolta (créée par Philipe Gildas), Shorts TV et Kombat Sport, ainsi que le groupe Ma Chaîne Sport, et on parle déjà du rachat de L’Express-L’Expansion et de Radio Nova.

Patrick Drahi est né en 1963 dans une famille de la communauté juive de Casablanca. En 1978, la famille Drahi avait quitté le Maroc pour s’installer à Montpellier. Patrick Drahi avait par la suite intégrer l’École polytechnique (promotion 1983).

Résident fiscal en Suisse depuis 1999, il est domicilié officiellement à Zermatt, puisque les forfaits fiscaux y sont de 5 à 20 % inférieurs à ceux du canton de Genève, où son épouse possède pourtant sa maison. Comme le résumait Le Canard enchaîné (26 mars 2014), dans des allusions assez lourdes :
« Aucune résidence secondaire dans un fief familial. Pas d’attaches bretonnes ou girondines, la terre natale à la semelle des souliers. Drahi, c’est le Maroc, Israël, la Suisse. Pas très catholique tout ça, petit. »

Patrick Drahi apparaît un jour à Paris pour les affaires, le lendemain à Tel-Aviv, où il possède un appartement dans la tour Rothschild, et le surlendemain en Suisse.
Ce « nabab des télécoms », virtuose de l’ingénierie financière, a ainsi bâti un véritable empire sur un système d’endettement colossal. Avec un actif net évalué à 9,6 milliards de dollars, il est passé en un an de la 215e à la 132e pace du classement des fortunes mondiales établi par le magazine Forbes ; soit la 12e fortune de France.
« Ce surdoué milliardaire est inconnu. Et pourtant, il va devenir le n°2 du téléphone en France ! », pouvait-on lire dans Le Point, en date du 27 mars 2014.

Notez que la société Altice s’est enrichie au départ avec les contrats de câblages des logements sociaux. En raison de son coût élevé par rapport au satellite ou à l’ADSL, le câble n’a en effet longtemps fonctionné que grâce aux clients captifs que sont les locataires d’HLM, dont les logements ont été équipés sur les fonds publics (en clair : vos impôts). Le désastre financier qu’a été la construction du réseau câblé français a été mis entièrement au débit du contribuable. On peut donc considérer que c’est avec la complicité des collectivités territoriales qui équipent les logements sociaux que la société Altice de Patrick Drahi s’est enrichie.

Or, comme l’expliquait Libération du 14 mars 2014 (avant le rachat) :
« Son fonds Altice est de droit luxembourgeois, mais coté à Amsterdam. Il y a logé tous ses actifs de télécoms : ses 40 % dans Numericable, le belge Coditel et le portugais Cabovisao, l’israélien Hot, Outremer Telecom ou encore la filiale d’Orange en République dominicaine qu’il vient d’avaler pour 1,1 milliard d’euros. Et son holding personnel, Next LP, abrité dans le fonds Altice qu’il détient à 75 %, est immatriculé à Guernesey. »
Altice, qui s’est enrichi grâce aux collectivités locales via les HLM, ne paie donc pratiquement pas d’impôts en France.

Ce même mois, quelques heures avant la publication de la décision de Vivendi de vendre SFR à Numéricable, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avait prévenu Patrick Drahi sur sa situation fiscale et déclara au micro d’Europe 1 :
« Numericable a une holding au Luxembourg, son entreprise est cotée à la Bourse d’Amsterdam, sa participation personnelle est à Guernesey dans un paradis fiscal de Sa Majesté la reine d’Angleterre, et lui-même est résident suisse ! Il va falloir que M. Drahi rapatrie l’ensemble de ses possessions, biens, à Paris, en France. Nous avons des questions fiscales à lui poser ! »

Patrick Drahi et Israel

Toujours au mois de mars, au plus fort des tractations pour le rachat de SFR, Drahi avait aussi organisé la soirée d’inauguration de sa chaîne de télévision d’informations continues i24News, « une chaîne multilingue internationale avec un regard israélien », comme il le dit lui-même.

Le journal Le Monde du 22 mars disait à son sujet : « Discret en France, M. Drahi l’est tout autant en Israël […] Le magnat du câble s’est quand même construit une solide notoriété en développant les métiers d’un groupe dont plus d’un Israélien sur deux est aujourd’hui client. » (en réalité, les deux tiers des Israéliens sont ses clients).

Pour l’opération « Bordure protectrice » de l’été 2014, i24News délocalisa spécialement son 20h sur les hauteurs d’Ashkelon, avec une vue imprenable sur Gaza : « Depuis le début des événements, on bat tous nos résultats d’audience ! » (L’Opinion, 17 juillet 2014).

Hervé Ryssen Pourquoi l’antisémitisme

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