Stefan Zweig, un « grand Européen »

Stefan ZweigStefan Zweig est un écrivain d’origine autrichienne de la première moitié du XXe siècle. Nouvelliste, dramaturge, romancier, il est aussi le traducteur en allemand de Beaudelaire, Rimbaud, Balzac, Dickens, Sainte-Beuve, Renan, Gorki, Joyce, Dante, Proust, entre autres. Il est connu en France pour ses biographies de Marie-Antoinette, Fouché, Erasme, Montaigne ou encore de Marie-Stuart.

Un “grand Européen”

Quand on parle du “grand” Stefan Zweig, les premiers mots qui viennent sous la plume de ses biographes les plus conformistes, pour décrire le personnage, sont : “citoyen du monde”, “cosmopolite” et “grand Européen”. Mais écoutons plutôt ce “vrai et pur Viennois” nous parler de sa ville natale dans son ouvrage intitulé Le Monde d’hier, paru en 1944. Avant la guerre de 14, Vienne était alors avec Paris la capitale culturelle et artistique de l’Europe : “La vie était douce dans cette atmosphère de conciliation spirituelle, écrit-il, et, à son insu, chaque citoyen de cette ville recevait d’elle une éducation qui transcendait les limites nationales, une éducation cosmopolite, une éducation de citoyen du monde.”

Stefan Zweig semble en effet parfaitement à l’aise dans cette ville multiculturelle qu’est la capitale de l’Empire des Habsbourg. Le génie de Vienne, écrit-il encore, “a toujours été d’harmoniser en soi tous les contrastes ethniques et linguistiques ; sa culture était une synthèse de toutes les cultures occidentales. Celui qui y vivait et travaillait là se sentait libre de toute étroitesse et de tout préjugé. Nulle part il n’était plus facile d’être un Européen”. (Belfond, 1993, pp. 31, 41-43).

 

Le militant pacifiste

Au cours de la Première Guerre mondiale, son pacifisme le rapprocha du Français Romain Rolland, alors en Suisse, et qui devint l’un de ses amis les plus proches. En 1917, en pleine guerre, Zweig dénonça le nationalisme guerrier dans une pièce qu’il fit jouer au théâtre de Zurich. La pièce était centrée sur la figure de Jérémie, le prophète juif. 

Zweig se déclarait par ailleurs en faveur de l’unification européenne et célébrait les “États-Unis d’Europe”. Dans le contexte de l’époque, ces positions sont tout à son honneur. Mais sous la plume d’un écrivain juif, on peut se douter que ce pacifisme cache des projets d’une tout autre dimension ; d’une dimension messianique, pour tout dire.

 

Le juif de la diaspora : citoyen du monde

Zweig était un membre de la haute bourgeoisie de Vienne. Son père, originaire de Moravie, était un puissant industriel du textile ; sa mère venait d’une famille de banquiers établis en Suisse, à Paris et à New York. Comme la totalité des écrivains juifs, sans aucune exception, son œuvre a été fondamentalement déterminée par ses origines. Ses premières nouvelles avaient été publiées au début du siècle dans la revue sioniste Die Welt, puis dans la Neue Freie Presse, avec l’appui de Theodor Herzl, qui en dirigeait la section culturelle. Dans la neige, parue en 1900, évoque le départ de l’Allemagne vers la Pologne, au Moyen Age, d’une petite communauté juive subissant des persécutions ─ pour on ne sait quelles raisons, bien évidemment. Zweig a aussi donné des versions neuves et originales de légendes bibliques telles que La Tour de Babel, Rachel contre Dieu, ou La Légende de la troisième colombe.

“S’il est un thème qui court à travers les œuvres de fiction, les biographies et les essais de Zweig, c’est bien la dignité et la supériorité spirituelles des dépossédés et des vaincus”, peut-on lire dans ce numéro de la revue Europe qui lui est consacré. Cependant, Zweig rejetait le sionisme de Theodor Herzl. Il s’en expliquait dans une lettre à Martin Buber, datée du 24 janvier 1917 : “Je n’ai jamais voulu voir le peuple juif redevenir une nation… j’aime la diaspora et l’approuve en tant que sens de son idéalisme, et vocation de citoyen du monde et d’homme universel.” (p. 28).

 

Juif… et humain ?

Dans une lettre à Alfred Wolf, le 4 février 1937, l’année où il publiait Le Chandelier enterré, Zweig écrivait que le sionisme ne lui était jamais apparu comme la solution, “mais comme l’une des idéologies les plus réussies et les plus revigorantes du judaïsme, ayant énormément contribué au renouveau de l’idéalité. Je ne voudrais pas, cependant, écrivait-il, que le judaïsme abandonne son caractère universel et supranational pour s’ancrer totalement du côté de l’hébreu et d’une pensée nationale. Il y a toujours eu deux partis à l’intérieur de la communauté juive, celui pour lequel tout salut était dans le temple, et celui qui, lors du siège de Jérusalem, dit que si ce temple-là aussi était détruit, c’est le monde entier qui deviendrait le temple. Je crois que “juif” et “humain” doivent toujours rester identique, et je tiens pour un grand danger moral toute arrogance et toute tendance de la communauté juive à s’isoler.” (Europe, p. 46).

Cette dernière phrase, qui assimile “juif” et “humanité” se calque parfaitement avec les propos d’Elie Wiesel et de ceux de nombre d’intellectuels juifs. 

Voici encore un passage intéressant tiré de la revue littéraire Europe : “Il était un juif riche, bien reçu partout, estimé, qui ne se sentait pas particulièrement attiré par le sionisme, bien qu’il dût le coup d’envoi de sa carrière littéraire à Theodor Herzl. Pour lui, le destin des juifs était d’être des éternels exilés… En perdant pour toujours leur patrie, ils avaient gagné le monde. Le poème dramatique se termine sur ce pathos messianique de Jérémie exhortant son peuple à s’engager sur une route sans fin : “Debout / Race vagabonde / Race de Dieu /… Ceux qui restent / Ont la patrie / Mais les errants / Ils ont le monde !” (Europe, p. 65).

Et nous retrouvons ici une fois de plus le paradoxe des écrivains juifs : on dénonce le nationalisme des goys qui font la guerre en proclamant “Gott mit uns !” et l’on se croit soi-même investi d’une mission toute particulière en tant que membre du “peuple élu”.

 

Stefan Zweig sous l’uniforme

Bien que soi disant “parfaitement intégré”, et « plus autrichien que les Autrichiens », Stefan Zweig préféra à échapper au service national durant la Première Guerre mondiale, à l’instar de nombre de ses congénères : “Bien que je n’eusse que trente-deux ans, écrit-il, je ne fus tout d’abord soumis à aucune obligation militaire, parce que tous les conseils de révision m’avaient déclaré inapte, ce qui, sur le moment déjà, m’avait rendu fort heureux… Mon mouvement naturel dans toutes les situations périlleuses, avoue-t-il, a toujours été de les esquiver.” Grâce au “piston”, il lui fut aisé de se trouver une “bonne planque”, loin… très loin du front : “Comme un de mes amis, officier supérieur, était aux Archives militaires, écrit-il, je pus y être engagé.” (Le Monde d’hier, pp. 283, 284).

Une scène de l’une de ses nouvelles, Le Bouquiniste Mendel, publiée en 1929, est assez révélatrice de la véritable identité de notre écrivain “autrichien” : Durant la Première Guerre mondiale, Buchmendel doit se rendre au Bureau de la censure militaire et fournir ses papiers : “Il ne comprenait pas bien. Avait-il des papiers, des certificats, et où, bon sang !… Il n’en possédait pas d’autre que son permis de colporteur. La mine du commandant se plissait de plus en plus : qu’il dise enfin de quelle nationalité il était. Son père était-il autrichien ou russe ? Et Mendel répondit avec la plus grande sérénité : ─ Russe, bien entendu. ─ Et lui-même ?… Lui, il avait passé la frontière clandestinement il y a trente-trois ans pour se soustraire au service militaire. Depuis lors, il vivait à Vienne. Le commandant était de plus en plus perplexe : ─ Et quand avait-il obtenu la nationalité autrichienne ? ─ A quoi bon ? Il ne s’était jamais occupé de ces choses, répondit Mendel.” Et Jacques Le Rider, en bon cosmopolite, ajoute, sans terminer sa phrase : “De la nationalité à la bestialité (selon la formule de Grillparzer)…” Dans ce texte, écrit-il encore, Stefan Zweig, alors au sommet de sa renommée, “se met à la place du pitoyable Mendel, humble bouquiniste et juif de l’Est.” (Europe, p. 48). Et l’on note une fois de plus que lorsqu’un écrivain juif se déclare “parfaitement intégré”, il faut surtout comprendre qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une intégration sociale, mondaine, médiatique et financière.

 

L’Allemagne, pourrie de l’intérieur

Après l’armistice de novembre 1918, la situation en Autriche et surtout en Allemagne fut extrêmement difficile. L’assassinat de Walter Rathenau, le richissime magnat “allemand” de l’électricité, qui était devenu ministre, ébranla la jeune république. Stefan Zweig nous a laissé ici un témoignage hallucinant de ce qu’il était advenu du Reich après la défaite (cf. notre livre sur le Fanatisme juif, 2007). L’inflation, la misère, la décadence des mœurs, la pornographie étalée partout… 

« Même la Rome de Suétone n’a pas connu des orgies comparables aux bals de travestis de Berlin, où des centaines d’hommes en vêtements de femmes et de femmes en habits d’hommes dansaient sous les regards bienveillants de la police. Dans cette chute de toutes les valeurs, écrit Stefan Zweig, une sorte de délire saisit justement les milieux bourgeois, jusqu’alors inébranlables dans leur ordre. Les jeunes filles se vantaient d’être perverses ; être soupçonnées d’avoir encore à seize ans sa virginité aurait passé alors pour une injure dans toutes les écoles de Berlin ; chacun voulait pouvoir raconter ses aventures, et plus elles étaient exotiques, plus elles étaient prisées…

“Au fond, poursuit-il, toute cette orgie allemande qui éclata avec l’inflation n’était que fiévreuse singerie… Quiconque a vécu ces mois, ces années apocalyptiques et en a été dégoûté et aigri, sentait qu’il devait se produire un choc en retour, une terrible réaction… Il faut le rappeler sans cesse, rien n’a aigri, rien n’a rempli de haine le peuple allemand, rien ne l’a rendu mûr pour le régime de Hitler comme l’inflation… Toute une génération n’a jamais oublié ces années, ne les a jamais pardonnées à la république allemande.”

Mais pour Stefan Zweig, les responsables de cette gigantesque débâcle ne sont pas les chefs marxistes, les propagandistes juifs ni les spéculateurs qui ont édifié leurs fortunes colossales sur la misère allemande ; non, ce sont les réactionnaires et les nazis : “Ceux-là mêmes qui avaient précipité le peuple allemand dans ce chaos attendaient à l’arrière-plan, en souriant, la montre à la main.” (Le Monde d’hier, pp. 383-387). Stefan Zweig aurait pourtant pu rappeler aussi le rôle néfaste de certains financiers cosmopolites. Trois d’entre eux, Strauss, Goldschmidt et Gutman organisèrent la chute du mark pour pouvoir acheter à vil prix une partie de l’industrie allemande. Ils échappèrent heureusement aux conséquences : Strauss est mort en Suisse, Gutman en Amérique, Gold­schmidt à Londres.

 

Toujours persécutés, toujours innocents

L’arrivée au pouvoir de Hitler en 1933 allait provoquer chez les Juifs un nouvel exode. Le témoignage de Zweig, dans Le Monde d’hier, est ici encore assez instructif sur son aveuglement : Une “masse gigantesque”, écrit-il, fuyait “en panique devant l’incendie allumé par Hitler” et “assiégeait les gares à toutes les frontières d’Europe.” À “tout un peuple expulsé”, “on refusait le droit d’être un peuple, et pourtant un peuple qui depuis deux mille ans n’aspirait à rien tant qu’au bonheur de n’avoir plus à errer.” En 1942, ignorant encore tout du génocide, il écrit des États-Unis : “Mais le plus tragique, dans cette tragédie juive du XXe siècle, c’est que ceux qui l’enduraient n’en pouvaient plus découvrir le sens, ni aucune faute de leur part… 

“Il y avait longtemps que les Juifs du XXe siècle ne constituaient plus une communauté, nous assure-t-il sans rire. Ils n’avaient pas de foi commune, ils éprouvaient leur qualité de Juifs plutôt comme un fardeau que comme un honneur, et ils n’avaient conscience d’aucune mission à remplir… Leur aspiration de plus en plus impatiente était de s’adapter, de s’incorporer aux peuples qui les entouraient, de se dissoudre dans l’ensemble… Ainsi, ils ne se comprenaient plus les uns les autres, fondus comme ils l’étaient dans les autres peuples, depuis longtemps Français, Allemands, Anglais, Russes, bien plus que Juifs… Quel était le motif, quel était le sens, quelle était la finalité de cette persécution ? On les chassait de tous les pays et on ne leur donnait point de pays. On leur disait : “N’habitez plus avec nous”, mais on ne leur disait pas où ils devaient habiter. On leur imputait la faute, et on leur refusait tout moyen de l’expier. Et dans leur fuite, ils se dévisageaient donc avec des yeux brûlants : Pourquoi moi ? Pourquoi toi ? Pourquoi moi avec toi, que je ne connais pas, dont je ne comprends pas la langue, dont je ne saisis pas la manière de penser, à qui rien ne me rattache ? Pourquoi nous tous ? Et aucun ne trouvait de réponse. Même Freud, l’intelligence la plus claire de ce temps, avec lequel je parlais souvent ces jours-là, ne trouvait pas d’explication, ne trouvait pas de sens à ce non-sens.” (Le Monde d’hier, pp. 520-522).

 

Stefan Zweig : autiste scriptomane

L’incompréhension des juifs face au phénomène de l’anti­sémitisme est encore illustrée par un autre passage de son essai autobiographique, Le Monde d’hier, paru après sa mort. De ses parents, Zweig écrit : “Leur genre de vie, dit-il, me paraît typique de cette “bonne bourgeoisie juive” qui a donné à la culture viennoise tant de valeurs essentielles (et qui, en récompense, a été complètement exterminée).” (p. 22).

Dans son Journal, publié en 1984 (Belfond, 1986), Zweig note de manière on ne peut plus lapidaire, en date du dimanche 10 novembre 1918 : “La révolution a éclaté en Allemagne, la Bavière est une République.” (p. 221). On ne trouve, dans ce Journal, pas une seule ligne, pas un seul mot sur le rôle pourtant totalement disproportionné autant que sanguinaire des révolutionnaires juifs un peu partout en Europe : en Russie (Lénine, Trotski, Kamenev, Zinoviev, Radek, Sverdlov, etc.), à Berlin (Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht), à Munich (Gustav Landauer, Ernst Toller, Levine, etc), à Budapest (Bela Kun et ses 35 commissaires politiques juifs), etc., sans parler des doctrinaires juifs qu’étaient Karl Marx et Lassalle.

Ce fin observateur qu’est Stefan Zweig n’avait-il donc rien vu de l’agitation marxiste de ses propres congénères dans toutes les grandes villes allemandes, ni de leur rôle dans la décadence des mœurs, ainsi qu’a pu l’écrire Elie Wiesel (in Le Testament d’un poète juif assassiné), ni encore de l’action des grands spéculateurs ? Comment se fait-il que cet écrivain soit aussi borné et paradoxal dès qu’il s’agit de tenter de comprendre les réactions d’hostilité de la population à l’égard des juifs ? Le sentiment de sa propre identité, qu’il nous livrait quand il s’agissait de sa pièce de théâtre en 1917, le mépris affiché pour ses compatriotes universitaires ou son identité de “citoyen du monde” auraient pu être un point de départ d’explication, ou au moins d’interrogation. Comment ne voit-il pas la contradiction évidente qui existe quand on manifeste sa fierté d’être juif avant les hostilités et que l’on argue par la suite que l’on a toujours été “intégré” ? Pour lui, comme pour les autres écrivains juifs, il n’y a “pas d’explication” aux sentiments antisémites renaissants. C’est à croire que “les juifs” sont par nature innocents de tout ce qui peut leur être reproché. En réalité, cette amnésie sélective est l’un des nombreux symptôme de l’hystérie, qui est le cœur de cette fameuse “névrose juive”.

Stefan Zweig s’était exilé en Angleterre dès 1934, puis, grâce à l’agence palestinienne, il obtint un billet pour le bateau qui l’emmènera au Brésil en 1941.

 

Le juif nombriliste

On sait que la solidarité juive se manifeste en premier lieu dans l’exaltation outrancière des œuvres de ses propres congénères. Un peintre juif, un cinéaste juif, un romancier juif, un philosophe juif, est par nature “génial”, “incomparable”, “divin”, “émouvant”, “inoubliable”, “bouleversant”. On a pu voir, dans Les Espérances planétariennes, l’écrivain Joseph Roth et quelques autres se livrer à cet exercice. Mais chacun pourra vérifier cette curieuse inclination par la lecture des critiques littéraires et cinématographiques de n’importe quel magazine contemporain. Cette solidarité juive a pris chez Stefan Zweig des proportions quasi délirantes :

“Par la façon dont elle a aidé et favorisé la culture viennoise, écrit-il dans Le Monde d’hier, c’est une part immense que la bourgeoisie juive a prise à son développement. Les Juifs constituaient le véritable public, ils remplissaient les théâtres, les salles de concert, ils achetaient les livres, les tableaux, ils visitaient les expositions, ils étaient partout, avec leur compréhension plus mobile et moins liée par la tradition, promoteurs et champions de toutes les nouveautés. Presque toutes les grandes collections d’œuvres d’art du XIXe siècle avaient été constituées par eux, presque toutes les recherches artistiques avaient été rendues possibles par eux. Quiconque à Vienne voulait imposer une nouveauté en était réduit à s’adresser à cette bourgeoisie juive. Les neuf dixièmes de ce que le monde célébrait comme la culture viennoise du XIXe siècle avaient été favorisés, soutenus, voire parfois créés par la société juive de Vienne.” (p. 41).

A la fin du siècle, dit-il encore, “par un prodige d’harmonisation avec leur milieu”, les juifs de Vienne avaient donné “au génie autrichien, au génie viennois, son expression la plus intense. Goldmark, Gustav Mahler et Schoenberg s’acquirent une réputation internationale dans la création musicale, Oscar Strauss, Léo Fall, Kalmann firent refleurir la tradition de la valse et de l’opéra, Hofmannsthal, Arthur Schnitzler, Beer-Hofmann, Peter Alternberg élevèrent les lettres viennoises à un rang dans la littérature européenne qu’elles n’avaient pas occupé même au temps de Grillparzer et de Stifter ; Sonnenthal, Max Reinhardt restaurèrent dans le monde entier la gloire de la ville du théâtre, Freud et les grandes autorités scientifiques attirèrent tous les regards  vers l’université de vieille renommée ; partout, savants, virtuoses, peintres, régisseurs, architectes et journalistes juifs s’affirmèrent en occupant de hautes positions, les positions les plus élevées, sans qu’on songeât à les leur contester dans la vie spirituelle de Vienne. Par leur amour passionné de cette ville, par leur volonté d’assimilation, ils y étaient parfaitement adaptés, et ils étaient heureux de servir la gloire de l’Autriche ; ils y voyaient là une mission à remplir dans le monde, et – il faut le répéter dans l’intérêt de la vérité – une bonne part, sinon la plus grande de ce que l’Europe, de ce que l’Amérique admire aujourd’hui en musique, en littérature, au théâtre, dans les arts appliqués, comme étant l’expression d’une renaissance de la culture viennoise, a été créée par les Juifs de Vienne ; en se défaisant de leurs caractères spécifiques, ils atteignaient à un très haut accomplissement de l’élan millénaire qui les portait vers le spirituel.”

Il faut aussi “le dire et le répéter” : Cette capacité qu’ont les juifs  ─ pardon : de très nombreux juifs ─ de s’imposer dans le domaine culturel et d’étouffer littéralement toute la culture nationale, est l’une des causes de l’antisémitisme, et c’est là une des raisons pour lesquelles il y eut une réaction allemande, puisque précisément, cette culture juive “mondialiste” ne correspondait en rien au génie germanique et européen. Et force est de constater que ce judéocentrisme délirant, là encore, se calque parfaitement avec l’égocentrisme de la personnalité hystérique. Ce n’est pas un hasard si Freud avait échafaudé ses théories à partir de l’étude de cette pathologie.

 

Le juif “super génial”

Écoutons encore Stefan Zweig, éperdu d’admiration devant un autre fils d’Israël, alors qu’il était encore lycéen : Une figure “nous fascinait, nous séduisait, nous enivrait et nous enthousiasmait, poursuit-il. Hugo von Hofmannsthal, ce phénomène merveilleux et unique” était “la perfection poétique absolue”. Il possédait “une infaillibilité dans la maîtrise de la langue”. Ce “génie grandiose”, “dès ses seizième et dix-septième années, s’est inscrit dans les annales éternelles de la littérature allemande, avec des vers et une prose qui, aujourd’hui encore, reste insurpassée.” C’était, écrit Zweig, “un événement presque surnaturel” ; “ce poète aussi divinement doué” possédait en lui “une magie presque voluptueuse” ; il était extraordinaire de voir “un lycéen, posséder un tel art, une telle sagesse, une telle profondeur, une aussi stupéfiante connaissance de la vie”. Hugo von Hofmannsthal avait une “intelligence agile”, possédait la “maîtrise unique de la forme qui, depuis, n’a jamais été atteinte par un écrivain de langue allemande… Cette connaissance du monde ne pouvait  procéder que d’une intuition magique chez ce garçon qui passait ses journées sur les bancs de l’école”. Il était “un génie né”, d’une “puissance magique” ; il “ne pouvait que devenir un frère de Goethe et de Shakespeare… Une puissance inconnue, incompréhensible devait le guider mystérieusement, vers des territoires que nul, jusque-là, n’avait foulés”. Ce poète, au “visage au profil aigu, au teint d’Italien un peu basané”, avait notre âge, écrit Zweig. Il était “le poète né, le poète pur, le poète sublime… chacune de ses phrases avaient un équilibre parfait… Jamais je n’ai connu de conversations d’un niveau spirituel semblable.”

La présence d’un tel génie suscitait évidemment tous les espoirs pour ces jeunes  lycéens. La gloire et la célébrité étaient donc possibles : “Son père, directeur de banque, était issu, après tout, de la même bourgeoisie juive que nous autres, le génie avait grandi dans une maison pareille à la nôtre, entouré de meubles semblables… Il était un miracle unique de la perfection précoce.” (Le Monde d’hier, pp. 69, 74, 76).

De tels débordements d’enthousiasme, une telle publicité pour ses propres coreligionnaires sont évidemment symptomatiques d’un sentiment d’infériorité. Au risque de déplaire, il faut bien reconnaître que hormis le seul Stefan Zweig, il ne nous est pas apparu que les écrivains juifs faisaient preuve de qualités littéraires particulières. Leurs productions sont même, bien au contraire, souvent médiocres, et il semblerait que leur succès de librairie soit dû surtout au génie de la publicité. En vérité, le “peuple du Livre” est d’abord celui du micro et de l’écran, ou même encore plus sûrement, celui du mégaphone, car sans la publicité, il est assez clair que nombre de ces publications resteraient dans l’oubli. Certains d’entre eux bénéficient simplement de la complaisance de tous les canaux médiatiques et de l’aide exclusive de leurs congénères, ce qui est sans doute l’une des causes inavouables de l’antisé­mitisme, mais que certains juifs auraient tendance à mettre sur le compte de la “jalousie”. Ici encore, il n’est pas impossible que ce que l’on reproche à ses adversaires ne soit que le reflet de ses propres défauts. On notera aussi, par la même occasion, que le mépris souverain que l’on porte à certains, et la gloire absolue et sans nuance que l’on voue aux autres, est un autre des nombreux symptômes de l’hystérie. C’est tout l’objet de notre ouvrage : Psychanalyse du judaïsme (2006).

 

Un esprit tourmenté

Dans une nouvelle intitulée Le Chandelier enterré, publié en 1937, Zweig semble encore exprimer cette névrose juive : “Dans plusieurs passages, écrit Jacques Le Rider, le peuple juif y apparaît comme prédestiné à toutes les souffrances du monde et son histoire n’est qu’une suite déprimante de défaites et d’humiliations.” 

Dans son roman inachevé intitulé Clarissa, Stefan Zweig faisait encore le portrait du Conseiller aulique Silberstein, un neurologue juif qui avait écrit un livre sur la “nervosité de l’enfant”, et qui est une sorte dautoportrait de Stefan Zweig : “En fait, je suis la nervosité faite homme. Je tiens cela de mes ascendances juives. Dans mon enfance déjà, cela s’était développé jusqu’à la morbidité. » 

Au sujet de la biographie de Montaigne, écrite à la fin de sa vie, Jacques Le Rider confirme les penchants morbides de Stefan Zweig : “Il n’est pas jusqu’à sa propre mélancolie qui ne trouve son idéalisation dans le stoïcisme de Montaigne, écrit-il. “La plus volontaire des morts est la plus belle”. cette citation des Essais prend dans les derniers mois de la vie de Zweig une résonance toute particulière.” (p. 51).

 

Stefan Zweig et la névrose juive

 Bien que Zweig ne cachait pas sa judéité, il déclarait être, comme la plupart de ses congénères, un juif “assimilé”. L’obsession identitaire, qui est l’une des composantes de la névrose juive, apparaît aussi dans La Pitié dangereuse, roman dans lequel un respectable châtelain hongrois s’avère en réalité être un juif qui s’emploie par tous les moyens à cacher son passé. Le châtelain Kekesfalva “est en fait un Juif d’origine modeste, écrit Le Rider. C’est le médecin attitré de la famille, le docteur Condor, qui évente ce secret de famille.” Zweig dépeint le châtelain sans aménités : “Sa soif de savoir avait aussi peu diminué avec les années que sa soif de richesses”, écrit-il. Ce juif, qui avait édifié une colossale fortune par des moyens douteux “pouvait en vingt-quatre heures gagner plus que durant les dernières vingt-quatre années d’opiniâtres et laborieux petits gains.” Il avait aussi épousé une jeune et fort aimable personne : “Comment pouvait-il lui, un homme déjà âgé, un juif, pitoyable et laid, un vagabond d’affaires, un faiseur d’argent, s’offrir à une personne si fine, si distinguée.” Depuis lors, le seigneur de Kekesfalva faisaitt tout ce qu’il pouvait pour oublier ses origines : “Il employa une énergie extraordinaire à lui cacher son passé. Il mit fin à toutes ses pratiques douteuses, se débarrassa avec perte de ses reconnaissances de dettes et s’éloigna de ses anciens associés. Il se fit baptiser…” Il parvint enfin à la purification complète après la mort de son épouse : “Ce fut son chemin de Damas. A partir de ce jour, un changement s’opéra chez cet ascète des affaires. Un dieu était mort à ses yeux, celui qu’il avait servi depuis son enfance : l’argent.” (pp. 40, 41).

Jacques Le Rider  voit dans cette histoire “le fantasme masochiste du juif allemand assimilé… qui craint que l’on mette à nu en lui un pauvre Juif oriental”. Et il s’indigne que Zweig ait pu évoquer des “poncifs” tels que “celui du riche spéculateur juif circonvenant l’innocence allemande ─ qui pourraient émaner d’un représentant de la “haine de soi juive”. Ce sentiment désagréable de rencontrer chez Stefan Zweig le cliché du “riche Juif”, poursuit-il, était présent déjà dans une nouvelle de 1927, Destruction d’un cœur

On voit ici que les penchants suicidaires de Stefan Zweig ne tiennent pas seulement aux événement politiques de son temps, mais étaient bel et bien constitutifs de sa personnalité : “La nouvelle de jeunesse de Stefan Zweig Dans la neige, publiée en 1901 dans la revue sioniste Die Welt, laisse déjà transparaître un penchant quasi morbide et une résignation suicidaire. Toute la communauté juive d’un village allemand proche de la frontière polonaise y prend la fuite devant l’arrivée d’une bande de flagellants hostiles au juifs. La caravane des juifs en fuite se fait surprendre de nuit par une tempête de neige. Et soudain, tous succombent à la tentation de chercher refuge dans une mort collective, en se laissant mourir de froid.”

Toujours dans la revue Europe de juin-juillet 1995, Monique Baccelli fait la même analyse au sujet de la dernière nouvelle de Stefan Zweig, écrite en 1940, et intitulée Le joueur d’échecs : Zweig, écrit-elle, sombre “dans un dédoublement névrotique”. L’auteur écrivait d’ailleurs lui-même : “La passion de gagner, de vaincre, de me vaincre moi-même était devenue pathologique… Je portais toujours en moi un vaincu qui réclamait sa vengeance.” (p. 21). Le thème de la vengeance, on le sait, est très présent dans le judaïsme.

 

L’éclairage de Freud

La vénération de Zweig pour son compatriote viennois Sigmund Freud ne s’est jamais démentie. Le 3 novembre 1920, il lui écrivait : “Votre exploration de l’âme, d’une si considérable importance, deviendra un bien universel, une science de dimension européenne”. En 1931, il publiait La Guérison par l’esprit, ouvrage dans lequel il présentait la pensée du fondateur de la psychanalyse. Toute sa vie, Zweig enverra systématiquement ses œuvres au vieux maître, et à la mort de celui-ci, à Londres, en 1939, c’est lui qui rédigea et lut son oraison funèbre.

L’article de Lionel Richard (Europe, 1995) apporte un éclairage intéressant sur le cas Stefan Zweig. En 1926, celui-ci présenta à Freud plusieurs nouvelles qui paraîtront peu après : La Confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, et Destruction d’un cœur, qui devaient paraître quelques mois plus tard dans un même recueil. Freud, nous dit Lionel Richard, s’empressa de les commenter :

“Pour la Confusion des sentiments, il suppose que beaucoup de lecteurs ne saisiront pas comme elle doit être comprise la relation amoureuse entre l’étudiant et l’épouse de son professeur, lequel professeur est empêtré dans son attirance pour l’homosexualité : “le conflit consiste exclusivement dans le fait que l’adolescent voulait répondre à l’amour de l’homme, mais ne le peut pas à cause d’un mystérieux interdit intérieur”, écrit Freud. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, où l’héroïne se donne à un jeune baron pour tenter de l’arracher à sa passion suicidaire du jeu, transpose selon lui les problèmes d’une mère initiant son fils aux rapports sexuels pour le sauver des dangers de l’onanisme : le jeu ne serait qu’un substitut à la masturbation, et les “impulsions féminines” décrites seraient caractéristiques de la “fixation libidinale” de toute mère sur son fils. Quant à l’histoire de la Destruction d’un cœur, il lui semble qu’elle peut être résumée comme la jalousie d’un père confrontée à la sexualité de sa fille adolescente, alors que primitivement celle-ci était sa propriété.” (p. 33).

“Etrangement, écrit Lionel Richard, Zweig n’oppose aucune réserve à ces interprétations de Freud sous l’angle exclusif de la sexualité. Mais il ne laisse pas entendre non plus qu’il y adhère. Pourquoi ? Parce qu’il estime que son rôle est uniquement de raconter. Dans la lettre de remerciements qu’il adresse à Freud le 8 septembre 1926, il se contente de lui renouveler l’expression de son admiration.” (p. 33).

On note ici une fois de plus que les intellectuels juifs sont littéralement obsédés par l’ambiguïté sexuelle et la question de l’inceste, qu’ils ont pour habitude de “projeter” sur le plan “universel”. L’inceste, on le sait, est une question lancinante dans le judaïsme. Il est aussi à la source de la pathologie hystérique. En affirmant que les névroses avaient leur origine dans la répression des pulsions, favorisée par la morale chrétienne, Freud, finalement, n’avait fait que projeter sa propre névrose et la névrose du judaïsme sur une civilisation qu’il haïssait consciemment. Ce n’est pas le nazisme, qui a tué Stefan Zweig, mais bien le judaïsme, qui l’a acculé au suicide. Hervé RYSSEN

 

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