Albert Cohen, Belle du seigneur

Albert CohenComme d’habitude, les informations trouvées sur wikipedia sont très sèches. Ce n’est qu’une succession de dates importantes de la vie du personnage. Voyez ceci, par exemple :

“1968 est l’année de consécration pour Albert Cohen qui publie son œuvre majeure : Belle du seigneur. L’œuvre reçoit le Grand Prix de l’Académie Française. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur en 1970. Belle du Seigneur, considéré par certains dont Joseph Kessel comme un roman central de la littérature française, est un hymne éternel à la femme, objet de fascination et de désespoir pour l’auteur.”

 

Tout le monde aura compris qu’Albert Cohen est un génie de la littérature, et pourtant, il suffit d’ouvrir un de ses livres pour se rendre compte, une fois encore, que nous avons affaire à une énorme boursoufflure. Alors, comment expliquer le phénomène ? Voyons d’un peu plus près…

 

Tout d’abord, il faut considérer qu’Albert Cohen est un juif de tradition. Ça n’a l’air de rien, mais ça aide beaucoup pour propulser une carrière. Sur wikipedia, on lit : “ Né sur l’île grecque de Corfou en 1895, Francis Albert Cohen est né d’un père d’origine juive romaniote et d’une mère juive italienne. Son grand-père préside la communauté juive locale.”

 

“Issu d’une famille de fabricants de savon, les parents d’Albert décident d’émigrer à Marseille après un pogrom, alors qu’Albert n’a que 5 ans. Ils y fondent un commerce d’œufs et d’huile d’olive. Il évoquera cette période dans Le Livre de ma mère.” Pourquoi un tel pogrom ? Comme d’habitude, on n’en saura rien. Pour rien, sans doute, comme ça, parce que les pauvres juifs, toujours innocents, doivent servir de “bouc émissaires” aux méchants goys antisémites.

 

Voici d’autres informations : “Albert Cohen commence son éducation dans un établissement privé catholique. C’est le 16 août 1905 qu’il se fait traiter de “youpin” dans la rue par un camelot de la Canebière, événement qu’il racontera dans Ô vous, frères humains. Le jeune garçon court à la gare Saint-Charles. Il s’enferme dans les toilettes, faute de pouvoir s’enfuir. Sur le mur, il écrit : “Vive les Français !”.

On voit ici qu’Albert Cohen était un fervent patriote. Les lecteurs de nos livres savent à quoi s’en tenir sur ce “badriodisme” très spécial, qui consiste à exalter la république multiculturelle et à pousser les Français à faire la guerre contre tous les pays qui résistent à la démocratie ou qui menacent l’État d’Israël (Allemagne en 1940, Irak en 1991 et 2003, Serbie en 1999, Iran en 2006, Libye en 2011, Syrie en 2013).

En 1914, Albert Cohen quitta Marseille pour Genève. Il s’inscrivit à la faculté de droit de la ville et s’engagea en faveur du sionisme. En 1919, il obtint la nationalité suisse.

 

Voyons maintenant ce qu’il écrit dans son livre intitulé Ô vous, frères humains, dans lequel il raconte un douloureux souvenir d’enfance à Marseille. Un jour, alors qu’il n’avait que dix ans, il s’était approché d’un stand ambulant, mais le camelot l’avait insulté pour la seule et unique raison qu’il était juif. Voici comment Albert Cohen se souvient de cet affront ­– et ne vous étonnez pas du style de ce “grand génie” de la littérature ! :

“Je revois son sourire carnassier aux longues canines, rictus de jouissance, je revois son doigt tendu qui m’ordonnait de filer tandis que les badauds s’écartaient, avec des rires approbateurs pour laisser passer le petit lépreux expulsé. Et j’obéis, la tête baissé, j’obéis et je partis, solitaire… Je m’assis dans un coin noir pour pleurer… Ô mon peuple de fierté, jalousement voulant sa survie et garder son âme, peuple de la résistance, de la résistance pendant deux mille ans. Et quel autre peuple résista ainsi ? Oui, deux mille années de résistance, et qu’ils en prennent de la graine, les autres peuples… Honni, je bénissais tous les méchants et particulièrement les blonds, je les bénissais et les aimais au nom d’Israël, je les bénissais en fourrant dans mes bénédictions de vagues mots hébreux de la seule prière que je connaissais et qui me donnaient l’impression d’être sublime. Je leur annonçais qu’ils m’aimeraient un jour et que ce jour serait le jour du baiser sans fin de tous les hommes par moi humains devenus. J’allais les pieds grandiosement glissants [sic] et je bénissais mes foules et je souriais et faisais des salutations royales… À cause du blond camelot et de ses pareils en méchanceté, ses innombrables pareils d’Allemagne et d’ailleurs, tous des haïsseurs de Juifs… Dites, vous, antisémites, haïsseurs que j’ose soudain appeler frères humains… dites, antisémites, êtes-vous vraiment heureux de haïr et fiers d’être méchants ?… Depuis ce jour du camelot, je n’ai pas pu prendre un journal sans immédiatement repérer le mot qui dit ce que je suis, immédiatement, du premier coup d’œil. Et je repère même les mots qui ressemblent au terrible mot douloureux et beau, je repère immédiatement juin et suif, et en anglais, je repère immédiatement few, dew, jewel. Assez.” (Ô vous, frères humains, Gallimard, 1972, collection Folio, p. 74. Cf. Les Espérances planétariennes).

Les lecteurs de nos livres, qui ont appris à lire les intellectuels juifs, comprennent qu’il faut ici, une fois encore, lire certaines phrases de ce texte avec un miroir. Quand Cohen écrit : “ je bénissais tous les méchants et particulièrement les blonds”, il faut lire : “je haïssais”. Mais passons… Écartelé entre haine vengeresse, impuissance désespérée, amour factice de l’étranger, et foi messianique : ne dirait-on pas le Golum, la créature du Seigneur des anneaux ?

  

Le roman d’Albert Cohen Belle du Seigneur, est symptomatique de cette ambivalence du juif de la Galout (de la diaspora). Dans une scène de ce livre, on voit, ainsi que l’écrit Bernard-Henri Lévy, que “le héros Solal, Solal le magnifique, le Grand Duc de la SDN qui parle d’égal à égal avec les plus grands, nourrit et abrite dans sa cave une sorte de “cour des miracles” composée de vieux Juifs scrofuleux, souffreteux, interdits de représentation dans le monde dont il est l’un des rois et auxquels il en est réduit à aller rendre visite la nuit, en secret.”

On peut lire ainsi ce livre comme une allégorie de la judéité en Occident. C’est  “le grand roman du néo-marranisme contemporain, le grand roman qui dit le déchirement du néo-marrane : goy dehors, juif dedans ; vivant le jour dans le monde et retournant la nuit à son ghetto intérieur”, écrit Bernard-Henri Lévy, qui poursuit : “Mais en s’éloignant de son peuple, Solal a tourné le dos à la Loi. En poussant son personnage au suicide, Albert Cohen a voulu signifier que : “jamais Israël ne sera réconcilié avec l’Occident chrétien.” (Bernard-Henri Lévy, Récidives, Grasset, 2004, p. 397, 391.)

 

Dans un passage de Belle du Seigneur, Albert Cohen semble une fois encore écrire dans un état de transe extatique, qui lui fait adopter sur plusieurs pages un style un peu curieux, sans aucune ponctuation (comme dans les rouleaux de la Torah) mais qui présente l’intérêt de dévoiler des sentiments profondément enfouis au fond de son être, en même temps que certains traits de la mentalité juive.

“C’est parmi mes frères juifs, dit-il, que j’ai rencontré les êtres les plus nobles de cœur et de manières… c’est peut-être un horrible vouloir caché de renier le plus grand peuple de la terre un horrible vouloir peut-être d’en sortir c’est peut-être vengeance contre mon malheur pour le punir d’être mon malheur c’est un malheur de n’être pas aimé d’être sans cesse suspecté oui vengeance contre mon beau malheur d’être du peuple élu ou pire encore c’est peut-être un indigne ressentiment contre mon peuple non non je vénère mon peuple porteur de douleur Israël sauveur sauveur par ses yeux par ses yeux qui savent par ses yeux qui ont pleuré aux insultes des foules sauveur par sa face par sa face en douleur par sa face difforme… et je leur en veux ainsi peut-être dans la même cellule enfermés les prisonniers s’entre-détestent non non je les chéris mes bien-aimés mes tendres Juifs intelligents c’est la peur du danger qui les a faits intelligents la nécessité d’être toujours en éveil de deviner le méchant ennemi qui en a fait de sacrés psychologues c’est aussi contamination et moquerie de nos haïsseurs c’est aussi de leurs diaboliques péchés de nous avoir donnés la désespérée tentation de nous détester nous-mêmes injustement la désespérée tentation d’avoir honte de notre grand peuple la désespérée tentation de penser que puisqu’ils nous haïssent tant et partout c’est que nous le méritons et par Dieu je sais bien que nous ne le méritons pas et que leur haine est la niaise tribale haine pour le dissemblable et aussi une haine d’envie et aussi l’animale haine pour le faible car faible par le nombre nous le sommes partout et la faiblesse attire excite la native bestiale cruauté cachée et il est sans doute agréable de haïr les faibles que l’on peut impunément insulter et frapper ô mon peuple et mon souffrant je suis ton fils qui t’aime… Vous verrez comme en terre d’Israël les fils de mon peuple revenus seront calmes et fiers et beaux et de noble prestance et hardis guerriers s’il le faut et apercevant enfin son vrai visage alleluia vous aimerez mon peuplevous aimerez Israël qui vous a donné Dieu qui vous a donné le plus grand livre qui vous a donné le prophète qui était amour et en vérité quoi d’étonnant que les Allemands peuple de nature aient toujours détesté Israël peupled’antinature car voici l’homme allemand a entendu et plus écouté que d’autres la jeune voix ferme qui sort des forêts de nocturne épouvante silencieuses et craquantes forêts… et lorsqu’ils chantent leurs anciennes légendes et leurs ancêtres aux longues tresses blondes et aux casques cornus oui cornus car il s’agit avant tout de ressembler à une bête et il est sans doute exquis de se déguiser en taureau que chantent-ils sinon un passé inhumain dont ils ont la nostalgie et par quoi ils sont attirés et lorsqu’ils se gargarisent de leur race et de leur communauté de sang que font-ils sinon retourner à des notions animales que les loups mêmes comprennent qui ne se mangent pas entre eux qu’exaltent-ils et que vantent-ils sinon le retour à la grande singerie de la forêt préhistorique et en vérité lorsqu’ils massacrent ou torturent des Juifs ils punissent le peuple de la Loi et des prophètes le peuple qui a voulu l’avènement de l’humain sur terre oui ils savent ou pressentent qu’ils sont le peuple de nature et qu’Israël est le peuple d’anti-nature porteur d’un fol espoir que le naturel abhorre… les plus nobles portions de l’humanité sont d’âme juive et se tiennent sur leur roc qui est la Bible ô mes Juifs à qui en silence je parle connaissez votre peuple vénérez-le d’avoir voulu le schisme et la séparation d’avoir entrepris la lutte contre la nature et ses lois. » (Albert Cohen, Belle du Seigneur, Gallimard, 1968, pp. 770-777. Cf. Les Espérances planétariennes. Sur le peuple “d’anti-nature”, cf. Le Miroir du judaïsme).

 

On retrouve dans ce texte l’immense orgueil du peuple élu, le mépris de l’autre, du goy, le sentiment de vengeance, le sentiment d’être incompris mais surtout, le doute perceptible du bien-fondé de la mission du peuple juif et la tentation de la haine de soi. On aura aussi noté les pitoyables qualités littéraires de ce soi-disant génie de la littérature.

 

Dès les années trente, il était déjà encensé comme un génie. Écoutez cela : “En 1933, quand le premier roman paraît en Amérique, un critique de New York affirme : “Solal est religieux à la manière des romans de Dostoïevski.” Lorsque Ézéchiel se joue à la Comédie-Française, le critique de Paris-Midi proclame : “Il y a dans la pièce un écho de Shakespeare.” (Albert Cohen, Le Livre de ma mère, in Gérard Valbert, Albert Cohen, Le Seigneur, Grasset, 1990).

On connaît la musique. On sait aussi que “Kafka est le maître incontesté de la littérature allemande”, que “Vassili Grossman est le premier des romanciers russes” ou que Marc Lévy “a une plume étincelante”. Il y a toujours, en effet, un journaliste juif pour nous assurer qu’un de leur congénère nous surclassera toujours, même si il est évident pour tout le monde que dans ce domaine, ils n’ont décidément aucun talent. Hervé Ryssen