Albert Einstein, un bluff cosmopolite

albert_einsteinEinstein, un militant internationaliste…

Au printemps 1914, Einstein quitte la Suisse pour s’installer à Berlin, où il est nommé directeur d’un institut scientifique. Il est alors pacifiste, ainsi qu’en témoignent certaines de ses lettres publiées dans un livre intitulé Le Pouvoir nu, Propos sur la guerre et la paix (Hermann, 1991) : “La catastrophe internationale dans laquelle nous sommes plongés impose un lourd fardeau à l’internationaliste que je suis.”

 

… qui a choisi son camp

Einstein est alors en contact avec l’écrivain pacifiste français Romain Rolland. Voici comment celui-ci voit les choses en 1915, après une première entrevue entre les deux hommes : “Einstein n’attend aucune rénovation de l’Allemagne par elle-même, écrit-il. Il espère une victoire des alliés qui ruinerait le pouvoir de la Prusse et la dynastie. Malgré son manque de sympathie pour l’Angleterre, il préfère encore sa victoire à celle de l’Allemagne, parce qu’elle saura mieux laisser vivre le monde… (A noter aussi qu’Einstein est juif, ce qui explique son internationalisme de jugement et le caractère railleur de sa critique.)”

Einstein est donc moins pacifiste que patriote, si l’on comprend bien Romain Rolland, mais s’il est patriote, ce serait plutôt aux côtés de l’ennemi de la nation allemande qui l’a pourtant accueilli, car ce n’est pas à l’Allemagne qu’il s’identifie, mais aux idéaux démocratiques.

 

Einstein démocrate

En septembre 1918, Einstein écrit à un autre correspondant : “Le salut de l’Allemagne ne réside, à mon avis, que dans un processus rapide et radical de démocratisation calqué sur les institutions démocratiques des puissances occidentales.”

Ses vœux seront exaucés le 9 novembre, le jour de la défaite et aussi de la proclamation de la république. Il écrit alors : “Je suis enchanté par la tournure des événements. La défaite allemande a fait des merveilles. La communauté universitaire me considère comme une sorte d’archi-socialiste.” C’est ce que les Allemands ont appelé “le coup de poignard dans le dos”.

 

Einstein militant communiste

A la fin de l’année 1918, il prononce un discours au Reichstag, en tant que représentant universitaire, et dans lequel il manifeste sa sympathie pour les idées communistes : “L’ancienne société dans laquelle nous étions gouvernés par une classe qui confisquait le pouvoir vient de tomber sous le poids de ses propres fautes et les coups libérateurs des soldats, dit-il. Les Conseils [“Conseils” est la traduction du terme russe “Soviets”, ndlr], que ceux-ci ont immédiatement élus et qui prendront désormais des décisions de concert avec les Conseils des Travailleurs, doivent être pour l’instant reconnus comme les organes de la volonté populaire. Nous leur devons, en ces jours difficiles, une obéissance inconditionnelle et notre soutien le plus fervent.” C’est là un soutien très franc à la révolution marxiste, qui est alors d’ailleurs largement le fait de révolutionnaires juifs, en Allemagne comme ailleurs.

 

Einstein militant sioniste

Pourtant, Einstein ne persévérera pas dans cette voie radicale. Le 2 avril 1921, il arrive pour la première fois aux États-Unis, en compagnie de Chaïm Weizmann, leader du mouvement sioniste. Ses activités pacifistes sont alors peu connues aux USA et l’objectif de ce premier séjour est de rassembler les fonds nécessaires à l’édification d’une université hébraïque à Jérusalem, entreprise qui s’avérera concluante grâce, en particulier, à la générosité d’une grande partie de la profession médicale américaine. Au cours de ce séjour, il donne plusieurs conférences scientifiques qui le font mieux connaître au public américain.

 

Einstein victime de l’antisémitisme

En juillet 1922, rentré en Allemagne, il se confie à Max Planck : “Un certain nombre de gens avisés, écrit-il, m’ont conseillé de quitter Berlin pendant quelques temps et d’éviter toute apparition publique en Allemagne. Selon eux, je serais sur la liste de ceux que les nationalistes auraient prévu d’assassiner.” Dix jours plus tard, il écrit à un autre ami : “Depuis l’horrible assassinat de Rathenau, la ville est en proie à une grande agitation. Pas un jour ne s’écoule sans qu’on m’exhorte à redoubler de prudence ; j’ai dû me faire porter officiellement absent et annuler toutes mes conférences. L’antisémitisme gagne du terrain.”

Et l’on se demande bien pourquoi. Peut-être à cause de tous ces chefs juifs bolcheviques (Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht, Gustav Landauer, etc.) qui poussent à la guerre civile ; à moins que ce ne soit l’action de ces grands financiers internationaux qui financent tous les partis libéraux ?

 

Einstein et le mépris du goy

En octobre 1922, Einstein s’embarque donc à Marseille pour un voyage en Orient. Sur le trajet du retour, il visite la Palestine et l’Espagne. Le 26 octobre 1922, il est à Colombo, dans l’île de Ceylan, où il note dans son carnet de bord : “Leur existence semble se limiter à la vie paisible des être soumis, mais néanmoins sereins. A voir vivre ces hommes, on perd toute considération pour les Européens, autrement plus dégénérés et brutaux, plus grossiers et avides.”

Ce mépris pour l’homme européen est d’ailleurs très nettement perceptible dans toute la littérature et le cinéma cosmopolites.

Réélu membre de la Commission de Coopération intellectuelle de la Société des Nations, il note, en avril 1925 : “Le diable emporte ces grands Etats et leur orgueil ! Si j’en avais le pouvoir, je les morcellerais tous en minuscule pays.”

 

Einstein antimilitariste

En 1930, il affirme sans ambages son pacifisme : “Ces hommes qui défilent en rangs, radieux, aux accords d’un orchestre, m’inspirent le mépris le plus profond. Avaient-ils vraiment besoin d’un cerveau ? Leur moelle épinière ne leur aurait-elle pas amplement suffi ? L’armée ne constitue pour moi qu’une honteuse malformation de notre société, qu’il faut tenter de guérir au plus vite. Je préférerais souffrir mille tortures que de me prêter à un spectacle aussi dégradant.”

Dans une réception à New York, il prononce la même année un discours dans lequel il réaffirme ses convictions concernant “la résistance inconditionnelle à la guerre” et le “refus de se soumettre à toute forme de service militaire” : “Dans les pays où la conscription existe, écrit-il, le premier devoir du pacifiste est de la rejeter.”

Il persiste et signe dans un discours prononcé à Lyon en 1931 : “Je demande à tout journal qui se vante de soutenir les idéaux pacifistes d’inciter ses lecteurs au refus du service militaire. J’appelle chaque homme et chaque femme, des plus puissants aux plus humbles, à déclarer, avant même que ne s’ouvre en février prochain à Genève la conférence mondiale pour le Désarmement, qu’ils refuseront à l’avenir de se prêter à toute guerre ou à la préparation de toute forme de combat armé.”

 

Freud et Einstein au service de la “Paix”

Il partage alors ses convictions avec le docteur Freud. Les relations entre Einstein et Freud connaissent leur apogée au cours de l’été 1932, où, sous les auspices de l’Institut International de Coopération Intellectuelle, se déroule un débat public entre les deux hommes sur les causes de la guerre et les remèdes à y apporter. Durant l’été 1932, Einstein adresse une lettre ouverte à Freud dans laquelle il écrit : “la sécurité internationale implique que chaque nation se défasse, dans une certaine mesure, de sa liberté d’action, c’est-à-dire de sa souveraineté.” Et pour la remettre entre les mains de qui ?

 

Einstein pousse à la guerre

Toute son agitation militante cesse brusquement en 1933, après l’accession au pouvoir de Hitler. La nouvelle donne politique l’amène à un revirement complet de ses positions. Il cesse alors d’appuyer le mouvement de résistance à la guerre, et commence à soutenir le réarmement des puissances occidentales. Dès le 5 mai, dans une lettre à Paul Langevin, il écrit : “Je suis, pour ma part, convaincu qu’il est encore possible de faire face à la menace allemande en instaurant un blocus économique.”

Dès le début, donc, il renie son passé de militant pacifiste pour se faire le chantre de la guerre contre l’Allemagne de Hitler : “Il est encore possible d’écraser ces usurpateurs qui se sont emparés du pouvoir.”

Il écrit le 6 juin Stephen Wise, le rabbin de la synagogue libre de New York, pour que la presse et les médiats américains lancent une campagne de “sensibilisation” à la guerre : “ La presse américaine doit informer le public de la menace militaire allemande. C’est à elle de lui faire prendre conscience des désastres qu’entraî­nerait une nouvelle guerre en Europe.” Le peuple américain est alors très pacifiste et isolationniste : il faut le remuer un peu afin qu’il entre en guerre contre l’Allemagne. On a vu la même propagande judéo-démocratique se déchaîner en 1990 contre l’Irak, en 1999 contre la Serbie, en 2001 contre l’Afghanistan, en 2003 contre l’Irak, à nouveau, et l’on assiste aujourd’hui, en 2007, à la préparation médiatique d’une guerre contre l’Iran.

 

Einstein défend la “civilisation”

Le 20 juillet, il écrit encore à la reine-mère Elisabeth de Belgique : “Je me permets de vous dire le plus franchement du monde que si j’étais Belge, je ne refuserais pas, à l’heure actuelle, d’effectuer mon service militaire. Je l’accepterais plutôt de bonne grâce parce que j’aurais l’intime conviction de contribuer, par mon action, à la sauvegarde de la civilisation.” Il faut que “l’Allemagne ait “en face d’elle, une Europe unie et militairement forte.”

La dictature bolchevique ne l’avait pourtant pas amené à de telles considérations. Ce n’est donc pas tant la nature dictatoriale du régime allemand qui soulève son opposition et sa toute nouvelle ardeur belliciste, que l’antisémitisme qui anime ses dirigeants : “Une bande de gangsters, écrit-il, a réussi à s’emparer du pouvoir et maintient le reste de sa population dans un état de terreur, endoctrinant sa jeunesse de manière systématique.”

Rappelons ici simplement ces chiffres : “En 1939, la Gestapo employait 7 500 personnes, contre 366 000 pour le NKVD en Russie bolchevique (y compris le personnel du goulag).” (Du Passé faisons table rase, Histoire et mémoire du communisme en Europe, ouvrage collectif, sous la direction de Stéphane Courtois, Robert Laffont, 2002, p. 219).

 

Les juifs sont des étrangers

Dans une note de 1935, Einstein écrit : “Ce qui a véritablement fait de Hitler le maître de l’Allemagne, c’est la haine féroce qu’il a toujours nourrie pour tout ce qui est étranger, l’aversion particulière qu’il ressent pour une minorité sans défense, celle des Juifs allemands. Hitler n’a jamais pu supporter leur sensibilité intellectuelle, qu’il considère – et je partage pour une fois son avis – comme étrangère à la race allemande.”

Le 9 avril 1938, il s’indigne pourtant du retrait de leur droit de citoyenneté aux juifs allemands : “Il n’est pas moins préoccupant et révoltant, écrit-il, d’assister en spectateur à l’abolition des droits politiques et individuels élémentaires d’une partie de la population de certaines nations, autrefois fières de leur héritage culturel… L’Allemagne, en infligeant des persécutions inhumaines aux Juifs de son propre pays ou d’Autriche, s’est embarquée sur la voie de la destruction que je viens de décrire.”

Quand il écrit ces lignes, les Juifs ont effectivement perdu le droit d’exercer leurs fonctions dans de nombreuses professions libérales : ce sont des “persécutions inhumaines” qui préfigurent les premières persécutions réelles qui auront lieu effectivement un peu plus tard, au cours de la Nuit de cristal, le 9 novembre 1938.

 

Einstein pense et agit en juif, d’abord et avant tout

Le 25 octobre 1942, en pleine guerre, le Jewish Council for Russian War Relief (Conseil juif d’Assistance au Peuple russe) organise un dîner en son honneur. Ne pouvant y assister pour des raisons de santé, il envoie, depuis sa résidence de Princeton aux États-Unis, un message dans lequel l’on trouve ce propos :

“J’aimerais enfin dire quelques mots d’une importance capitale pour nous autres Juifs. En Russie, l’égalité de tous les groupes nationaux et culturels qui composent aujourd’hui le pays n’est pas uniquement évoquée dans les textes, elle est mise en pratique. C’est pourquoi, il me semble que c’est faire preuve de la plus élémentaire sagesse que de vouloir aider la Russie de notre mieux, en mettant en œuvre toutes les ressources dont nous pourrons disposer.”

Voilà donc un autre exemple qui démontre qu’Einstein raisonne d’abord et avant tout en tant que membre de la communauté juive. Ses prises de positions sur le militarisme, le pacifisme, la démocratie, l’Allemagne ou la Russie ne reflètent que des intérêts spécifiques qui changent au gré des circonstances. Antimilitariste dans les années 20, il deviendra belliciste après l’arrivée d’Hitler au pouvoir ; pro-soviétique depuis le début, il deviendra anti-soviétique quand les Juifs auront été évincés du pouvoir après la Seconde Guerre mondiale. Les millions de victimes du pouvoir bolchevique durant l’entre-deux guerres n’ont, eux, jamais éveillé sa compassion : à aucun moment.

Le 9 juin 1944, il répond dans une interview qui sera publiée dans Free World : “Je ne vois pas trente-six solutions : soit nous anéantissons le peuple allemand, soit nous le maintenons dans l’oppression. Je ne pense pas qu’il soit possible ni de l’éduquer, ni de lui apprendre à penser et agir de manière démocratique – du moins, pas dans un avenir proche.”

 

Einstein, partisan d’un gouvernement mondial

Albert Einstein a été l’un des premiers personnages de l’époque contemporaine, peut-être même le premier, à revendiquer explicitement l’instauration d’un gouvernement mondial. Et c’est peut-être l’une des raisons qui lui vaut une telle adulation, car nous allons voir que son aura scientifique a largement perdu de son éclat.

En novembre 1945, il publie un article dans la revue Atlantic Monthly, dans lequel il invite les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS à “préparer et présenter le premier projet de constitution d’un gouvernement mondial… Un gouvernement mondial tel que je le conçois, ajoute-t-il, devrait être compétent pour juger de toute affaire militaire. Outre cette compétence, je ne lui donnerais qu’un seul pouvoir, celui de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un État dans le cas où une minorité opprimerait la majorité des hommes du pays, créant ainsi un climat d’instabilité pouvant conduire à une guerre.” On sait effectivement que l’ingérence dans les affaires des autres États et les déclarations de guerre aux “non-alignés” sont une spécialité cosmopolite.

Au sujet de l’URSS, Einstein écrit encore, non sans un certain aplomb : “Même s’il est vrai que c’est une minorité qui est actuellement à la tête de l’Union Soviétique, je ne pense pas que la situation interne de ce pays constitue une menace pour la paix dans le monde.” Deux mois plus tard, dans un article paru dans le Survey Graphic du mois de janvier 1946, il réitérait ses propos : “Le désir de paix de l’humanité ne pourra se réaliser que par la création d’un gouvernement mondial.”

 

Einstein, président d’Israël ?

En novembre 1952, après la mort de Chaïm Weizmann, vieil ami d’Einstein et premier président de l’État d’Israël, on propose à Einstein de devenir le deuxième président de l’État juif. Mais celui-ci, se sentant dépourvu de l’aptitude à diriger un Etat, préfère refuser. Voici son opinion, en tant que sioniste, dans le nouveau conflit qui divise le monde : “Nous [l’Etat d’Israël] devons adopter une politique de neutralité face à l’antagonisme qui divise l’Est et l’Ouest.”

 

Einstein combat “le pouvoir des prêtres”

Mais on ne sait plus très bien si c’est en militant politique ou en représentant de sa communauté qu’il écrit à Joseph Lewis, à la fin de l’année 1954 : “Vous avez raison de vouloir combattre la superstition et le pouvoir des prêtres, et lorsque nous les aurons vaincus – et je ne doute pas que nous finirons un jour par gagner – il nous paraîtra plus évident encore que l’homme doit regarder la source des maux qui l’affligent dans son propre héritage, et nulle part ailleurs.” Il ne parle ici que des goys, bien évidemment, car en ce qui concerne les juifs, la défense de l’“héritage et des traditions est la garantie du succès de leur “mission”.

 

Einstein le plagiaire

Le 5 août 2004, le Nouvel Observateur publiait un article de Fabien Gruhier qui donnait quelques précisions sur la découverte de la relativité et les travaux d’Albert Einstein : “Selon le physicien Jean Hladik, peut-on lire, le génial inventeur de la théorie de la relativité aurait pillé sans vergogne les découvertes d’Henri Poincaré… Depuis la lointaine époque de ses études, Jean Hladik, universitaire, spécialiste de physique théorique, auteur de plusieurs ouvrages sur la relativité, trouvait que quelque chose clochait dans la façon dont la relativité était enseignée. Et sa paternité un peu trop unanimement attribuée au fameux Albert Einstein. Lui-même, il y quatre ans, signait encore un ouvrage intitulé La Relativité selon Einstein, mais il s’y efforçait déjà de rendre à Poincaré ce qui est à Poincaré. Depuis, Hladik a poursuivit ses investigations, et il se décide à publier un livre carrément sacrilège dont le titre n’est rien moins que : “Comment le jeune et ambitieux Einstein s’est approprié la relativité restreinte de Poincaré”. Au contraire de la plupart des spécialistes, Jean Hladik est allé aux sources. Il a lu les publications “totalement ignorées” d’Henri Poincaré, physicien génial et mathématicien “bien meilleur qu’Einstein” et y a trouvé noir sur blanc tous les éléments de la relativité d’ “espace-temps”. En passant par le ralentissement des horloges en mouvement, la contraction des corps dans le sens de leur déplacement et l’impossibilité de définir de façon absolue la simultanéité de deux événements distants. Ainsi, tout y est, sous la signature de Poincaré, dans des textes publiés entre 1898 et le 5 juin 1905. Or, le 30 juin 1905, les “Annalen der Physik” recevaient le manuscrit du fameux article fondateur de la relativité restreinte, signé Einstein. Un article qui, selon Hladik, n’apporte “rien de nouveau” par rapport aux écrits de Poincaré, et dans lequel l’auteur s’abstient de fournir la moindre référence aux travaux de ce dernier. Dès lors, la question se pose : Einstein a-t-il tout redécouvert tout seul ? Ou bien a-t-il sciemment et honteusement pillé Poincaré ?

Pour Jean Hladik, après enquête minutieuse, le doute n’est plus permis, et seule la seconde hypothèse tient la route. Car non seulement Einstein lisait parfaitement le français, mais de plus, à l’époque des faits, il tenait, justement, dans les “Annalen der Physik”, une rubrique consistant à faire le compte-rendu des articles parus dans certaines revues scientifiques étrangères, dont, comme par hasard, les “Comptes-rendus de l’Académie des Sciences de Paris”, où était paru le 5 juin 1905 l’article le plus abouti de Poincaré sur le sujet. Le grand Albert ne pouvait donc pas ne pas en avoir pris connaissance. Or, à l’époque, raconte Hladik, Einstein était en pleine galère. Il avait obtenu avec peine un diplôme de professeur de lycée, s’était vu à trois reprises refuser sa thèse de doctorat, et cherchait à se faire remarquer “en exploitant les idées des autres”. En l’occurrence, il a magnifiquement réussi son coup, et Hladik résume à sa façon : “Le chat Poincaré, à la patte délicate, a tiré les marrons du feu relativiste au profit du singe Einstein qui, sans vergogne, les croqua, illustrant ainsi la célèbre fable de Jean de la Fontaine.” Puis, la “chape de plomb de l’histoire” s’est mise en place, et il a fallu presque un siècle pour qu’elle se fissure. Ce à quoi François de Closets, que cite Hladik, s’était déjà attelé dans sa récente biographie d’Einstein en constatant : “Poincaré tenait en main toutes les pièces du puzzle.” D’où l’occultation absolue et tenace de Poincaré, auquel Einstein ne rendra un laconique hommage qu’en 1955, deux mois avant de mourir.”

 

Einstein : cassant et autoritaire

Le journal Le Monde (du 17-18 novembre 1996) avait déjà égratigné le célèbre savant en publiant certaines de ses notes. Le désintérêt d’Einstein pour sa famille et ses proches est maintenant connu, mais le traitement codifié par lettre manuscrite et infligé à sa première femme, Mileva Maric, reste toujours surprenant : “Vous veillerez à ce que : 1- mon linge et mes draps soient tenus en ordre ; 2- il me soit servi trois repas par jours dans mon bureau… Vous renoncerez à toute relation personnelle avec moi… Vous me répondrez immédiatement lorsque je vous adresserai la parole.” Comme le disait Montesquieu : “J’aime l’humanité, cela me permet de haïr mon voisin.”

 

Einstein, “un escroc malgré lui”

Dans le livre déjà cité, Le Pouvoir nu, Propos sur la guerre et la paix, 1918-1955, on peut encore lire ce qu’Einstein écrivait en novembre 1945, dans la revue Atlantic Monthly : “Je ne me considère pas comme le père de l’énergie atomique. Je n’ai eu qu’une participation très indirecte dans la découverte de ce phénomène… C’est Hahn, à Berlin qui fit cette découverte, et lui-même n’en perçut pas tout de suite sa portée.”

On trouve dans le même ouvrage sa dernière lettre à la reine mère Elisabeth de Belgique, datée du 11 mars 1955, et celle-ci est encore plus étonnante lorsque l’on connaît les récentes révélations qui ont été publiées concernant les accusations de plagiat : “Je dois avouer, dit-il, que l’estime exagérée dans laquelle on tient mon travail me met parfois très mal à l’aise. Il me semble quelquefois être un “escroc” malgré moi. Mais en essayant de faire quelque chose contre cet état de fait, je ne ferais sans doute qu’aggraver les choses.” L’ouvrage ne donne pas davantage de précision à ce sujet, mais il s’agit sans doute de certains remords qui le minaient concernant la paternité de la relativité restreinte.

Hervé RYSSEN