Bruno Bettelheim, le mythomane

bettelheim

 

Bruno Bettelheim était le Pape de la psychanalyse des enfants. Le célèbre pédo-psychiatre de renommée mondiale avait régné pendant une trentaine d’années sur l’école orthogénique de Chicago. Il travailla notamment sur l’autisme infantile et rappelait toujours que 80 % de ses pensionnaires quittaient l’école orthogénique sans problèmes particuliers. Bruno Bettelheim s’était créé une méthode thérapeutique. Il déclarait avoir traité “des centaines de schizophrènes”. Pourtant, écrit Jacques Bénesteau dans son livre paru en 2002 intitulé  Mensonges freudiens, “il n’eut qu’une minorité de schizophrènes parmi les 220 malades de cette institution”. Quoi qu’il en soit, la communauté médiatique internationale fit de lui une star qui suscitait l’admiration des foules.

Jacques Bénesteau rappelle aussi que les méthodes thérapeutiques du “grand homme” étaient contestées. Pour Bettelheim, les enfants étaient normaux mais “rendus autistiques par un défaut d’amour dont les parents, et notamment la mère, étaient responsables. Il n’hésitait pas “à assimiler aimablement la condition de ces enfants à celle des prisonniers des camps de concentration. Et les parents étaient rapprochés des gardiens nazis, car le désir destructeur est le même dans les deux cas. Ce n’était pas une bactérie, ce n’était pas un virus, mais la mère “mortifère” qui était [selon lui] la source de cette destruction mentale. Il conviendra donc de séparer les autistes de leurs redoutables mère pathogènes (c’était l’opération de la “parentectomie” !)”.

Le Washington Post, 26 août 1990 rapporta de nombreux témoignages d’anciens patients et de membres de son personnel. Ceux-ci faisaient état de brutalités et de mauvais traitements : Il était “un vrai salaud, un des pires individus que la psychanalyse ait jamais produit”, déclarait par exemple le psychanalyste Kenneth Colby.

Dans Newsweek du 10 septembre 1990, Darnton le qualifiait effectivement de “Beno Brutalheim”. Il deviendra “Borrowheim” (l’emprunteur) sous la plume d’Alan Dundes (Newsweek, 18 février 1991). Ce dernier rapporta ce qu’on savait depuis 1978, à savoir que le fameux livre de Bettelheim, Psychanalyse des comtes de fées, paru en 1976, était un plagiat éhonté et indiscutable d’un livre de Julius Heuscher. Le livre reçut évidemment de nombreux prix littéraires.

“Il était un tyran, écrit Jacques Bénesteau, mais aussi, comme vont le révéler les enquêtes biographiques de Paul Roazen en 1992 et de Richard Pollak en 1997, un mythomane et un mystificateur, une sorte de Baron de Münchausen, une “invention flamboyante de soi-même”. D’abord, il se fabriqua un rôle de Juif résistant”. Il déclenchera une violente polémique quand il se permettra de donner des leçons de courage à ses congénères présumés passifs pendant la guerre, et les accusera d’avoir été complices de leurs bourreaux.

“Il aurait été capturé lors d’une tentative d’évasion, dans un avion moteurs en marche, aurait été torturé pendant trois jours, écrit Bénesteau. En réalité, il n’avait pas été impliqué dans la résistance, ni été directement concerné par les événements, n’avait pas quitté le territoire autrichien, et était davantage occupé à décrocher un diplôme indispensable à une carrière académique à laquelle il songeait depuis 1926.”

“Outre ses affabulations sur ses conditions de détention, il prétendra aussi devoir sa libération de Buchenwald à l’intercession personnelle d’Eleanor Roosevelt, l’épouse du président, et à l’intervention d’Herbert Lehman, le gouverneur de New York.”

Et Jacques Bénesteau poursuit : “Quand Bettelheim affirme avoir été étudiant à l’Université de Vienne pendant quatorze années, il n’exagère que de dix ans pour couvrir la période durant laquelle, sans discontinuer, il remplaça en fait son père, décédé en 1926, dans une entreprise de commerce de bois. Il se dit détenteur de doctorat en philosophie, en histoire de l’art et en psychologie, avec mentions suprêmes “summa cum laude”, mais il n’eut, en mai 1937, qu’un diplôme en esthétique du paysage (prétendument inspiré par le freudisme) sans aucune mention.”

Bruno Bettelheim se suicida en mars 1990 en s’asphyxiant dans un sac plastique.

Comme le grand rabbin Bernheim, qui s’est suicidé en 2015 !

Hervé Ryssen

Jacques Bénesteau, Mensonges freudiens, Éditions Mardaga, Bruxelles, 2002, pp. 328-334.