Alfred Naquet et la loi sur le divorce

Alfred_Naquet_by_Eugène_PirouDans ses Souvenirs des milieux littéraires, parus en 1914, Léon Daudet nous décrit Alfred Naquet, ce juif qui était à l’origine de la loi sur le divorce en 1882. Écoutez un peu cela, et appréciez le style étincelant de l’écrivain :

“Alfred Naquet, araméen et bossu comme dans les contes orientaux, était un type d’Hébreu non assimilé, tel que sorti d’un ghetto du marais de 1462 dans la rue de la Paix en 1890. Je l’ai vu souvent chez Lockroy, lequel s’appelait en réalité Simon, alors que Jules Simon s’appelait en réalité Suisse. Mais Naquet s’appelait Naquet. Honnête homme dans le privé, et demeuré pauvre parmi tant de politiciens enrichis, l’auteur de la loi du divorce promenait avec lui une aura funeste. Sa hideur confinait au maléfice. Il faisait partie de ces pestiférés moraux, à l’aspect desquels on doit dire, en joignant les mains : “Qu’est-ce qui va nous arriver !”

Il y avait en lui, très visible, un dilettante de la destruction, de la décomposition, de la putréfaction, un renifleur de fumier, un dégustateur de la douleur et de l’abaissement humain.  D’origine carpentrasienne, il avait une pointe d’accent méridional, qui mettait les naïfs en confiance, mais que démentait un œil luisant d’almée sadique, un rire comme vomi par l’enfer. Le récit d’une catastrophe, d’une faillite, d’une tare, d’un naufrage, d’un écrasement, d’une dégradation mentale et morale, suscitait, chez Naquet, ce croassement accompagné de gloussements et d’une trémulation de la bosse, qui donnait envie de le tuer et de le piétiner. Quand l’accès le prenait en mangeant, sa bouchée sautait, en miettes de couleur, hors de sa gueule, encloutée de dents longues et jaunes comme celles d’un chameau. Ces miettes s’incrustaient dans la barbasse, où il allait les repêcher avec des ongles jaunes et crochus de peseur d’or. Là-dessus, Locroy partait à son tour, faisait tourner autour de l’index la ganse noire de son lorgnon et l’on sentait qu’il riait autant de la laideur effroyable de Naquet que de ce dont Naquet avait ri. J’ai toujours regretté que Goya n’assistât pas à ces petites séances. Il en eût tiré un fameux “caprice” !

Alfred Naquet 2Naquet fut successivement radical, boulangiste, socialiste et anarchiste. En somme, il appartenait au drapeau noir, et n’avait de goût que pour ne néant. Cette idée-image de l’inutilité et de l’horreur de tout avait chez lui force sexuelle. Elle faisait l’impression d’une libido. Ce damné en promenade terrestre n’a jamais réalisé ici-bas le millième du mal qu’il eût souhaité y accomplir. J’ai toujours cru que son goût très réel de la chimie – où il excellait – était lié à une recherche d’une substance capable d’anéantir le genre humain, d’une sorte de pierre exterminale. Aussi, le dreyfusisme fut pour lui une machine à dynamiter la société.”

On ne saurait trop vous conseiller d’acquérir Les Souvenirs et Polémiques de Léon Daudet (Collections bouquins). C’est le genre de littérature que vous appréciez avoir dans une bibliothèque, à votre domicile.

Hervé Ryssen