Romain Gary, le patriote cosmopolite

RomainGary_image2Nous avons déjà étudié le cas de Romain Gary dans le Fanatisme juif (2007) et le Miroir du judaïsme (2009). Nous avons depuis épluché d’autres romans de l’auteur. La synthèse ci-dessous (10 avril 2013) confirme ce que nous avons écrit dans nos livres, et permet maintenant de mieux cerner le personnage.

 

Romain Gary est un romancier d’origine lituanienne, de langue française. Son véritable nom était en fait Roman Kacew, du nom de son père, un certain Arieh-Leib Kacew. Celui-ci avait quitté le domicile familial, si bien que Roman et sa mère étaient partis tous les deux pour Varsovie. En 1928, ils arrivèrent en France et s’installèrent à Nice. Romain Gary avait alors 14 ans. Au début de la deuxième Guerre mondiale, en 1940, il rejoignit en Angleterre les “Forces aériennes françaises libres”. Nommé Compagnon de la libération, il fut ensuite intégré au corps diplomatique. Voilà pour la partie “wikipedia”.

 

Du fait de son engagement gaulliste, Romain Gary est considéré comme un écrivain “de droite”, patriote, voire réactionnaire. Pourtant, on lit dans les Cahiers de l’Herne qui sont consacrés au personnage, en page 139 : “Gaullien, il se sentait néanmoins homme de gauche”. En 1968, effectivement, il ne se reconnaissait plus dans la majorité au pouvoir. En 1974, il se prononça donc en faveur de François Mitterrand.

 

De nombreux passages, dans ses romans, montre qu’il était en fait surtout un intellectuel juif, amoureux de la France, certes, mais d’une France “ouverte”, “tolérante”, métissée. En réalité, la France était surtout pour lui la “patrie des droits de l’homme”, celle qui est toujours prête à faire la guerre au monde entier pour imposer la démocratie : une république universelle en miniature, en quelque sorte.

 

En 1943, il rédigeait Éducation européenne, son premier roman. C’est une histoire anti-nazie, qui se déroule parmi un groupe de partisans en Pologne. Le livre, écrit anglais, fut immédiatement traduit en français. Dans la biographie du romancier par Dominique Bona (1987), on lit que d’octobre 1943 à avril 1944, Gary effectua une vingtaine d’opérations de bombardement sur des villes françaises, dont Brest (p. 96). Des bombardements « précis, minutieux », nous assure Dominique Bona. Le genre de bombardements qui ont fait 60 000 morts civils en France pendant la guerre. Et l’on apprend que ses coéquipiers étaient Arnaud Langer, ainsi que les mitrailleurs Gerber, Krasker et Bauden, tous venus de leur shtetels de Pologne. “Gary” éprouvait une haine profonde à l’égard des Allemands : “Je hais les Boches”, écrivait-il encore en 1950 à un autre diplomate de ses amis, Jacques “Vimont” (p. 142).

 

Le cosmopolite anti-blanc

Tulipe, son deuxième roman, qui paraît en 1946, est dédié à Léon Blum. Pour un gaulliste, on peut mieux faire. Gary y dénonce “les atrocités du nazisme, le nationalisme, l’enseignement de la haine”, lit-on dans les Cahiers de l’Herne (2005).

Dans Les racines du ciel (1956), son héros, Morel, un Blanc, s’est voué à la défense des éléphants victimes des safaris en Afrique centrale et s’allie avec un chef noir révolutionnaire. Romain Gary y dénonce l’homme blanc : “Tous les maux dont nous sommes atteints : racisme, nationalisme absurde, rêves de domination, de puissance, d’expansion…” (p. 119). “Il est temps de faire cesser l’exploitation éhontée des richesses naturelles de l’Afrique par le capitalisme mondial.” (p. 140).

Romain Gary pensait sans doute aux prédateurs “blancs”, membre de sa secte, si nombreux dans les banques d’affaires et les conseils d’administration des grandes multinationales.

On voit dans son livre que les pires braconniers, les chasseurs d’éléphants, étaient de méchants allemands : “Herr Wagemann avait eu une idée que les fabriquants d’abat-jour en peau humaine de Belsen eussent pu lui envier. Il avait su vraiment trouver l’article rêvé. C’était du reste assez simple, mais il fallait y penser. On coupait les pattes aux éléphants à vingt centimètres environ au-dessus du genou. Et de ce tronçon, à partir du pied, convenablement travaillé, évidé et tanné, on faisait soit des corbeilles à papier, soit des vases, soit des porte-parapluies, soit même des seaux à champagne. C’était devenu un article très demandé… Herr Wagemann en exportait plusieurs centaines par mois. » (p. 183). Là encore, ça sent l’inversion accusatoire à plein nez. Il faudrait étudier l’identité des principaux trafiquants d’ivoire pour confirmer le propos.

Dans Chien blanc (1970), il écrit encore : “Je parle des Blancs. Ça fait deux siècles qu’ils sont esclaves des idées reçues, des préjugés sacro-saints pieusement transmis de père en fils.” (p. 60). Et Gary réaffirme que ce sont bien eux les pillards de la planète : “Un milliardaire pétrolier d’extrême-droite, H., incarnation même de la race blanche et de sa défense en Amérique.” (p. 74). En réalité, aucun milliardaire n’a jamais financé l’extrême-droite, bien au contraire. Les milliardaires occidentaux, très souvent juifs, financent en revanche tous les projets cosmopolites portés par l’extrême-gauche ou par la droite “néo-conservatrice” et pro-sioniste.

Le roman se termine avec le personnage de Ballard, un Noir qui a déserté l’armée américaine pour une histoire d’amour avec une femme blanche. La dernière phrase du livre est celle-ci : “Ballard s’est constitué prisonnier en février 1969, six mois après la naissance de son fils.” (p. 212). C’est donc clairement un appel au métissage universel, et surtout à la destruction de la race blanche. C’est en ce sens que l’on peut dire que Romain Gary est un “antiraciste”. Dans L’Affaire Homme (1978), il écrit lui même (p. 328) : “J’ai horreur des cloisonnements. Ce que je suis le plus profondément, je crois, c’est bien cela, antiraciste !”.

 

Le subversif

Pétri de cosmopolitisme, il se plaisait à retourner les valeurs traditionnelles de la société européenne : “La résistance aux hiérarchies sociales et à la culture officielle… le retournement des valeurs, le rabaissement des idéaux les plus nobles, la permutation constante du haut en bas”, constituent la trame de fond de ses ouvrages. “Pour Sganarelle (1965) est à cette égard un véritable manifeste… À lui seul, un livre comme Lady L. (roman, 1963) est exemplaire de ce retournement carnavalesque, qui place au faîte de l’aristocratie anglaise une ancienne prostituée.” (Les Cahiers de l’Herne, p. 295). [On a déjà vu un film semblable de Sydney Lumet ; cf. l’index de nos livres]. On reconnaît encore ici parfaitement l’estampille de l’intellectuel juif, obsédé par la “subversion des valeurs” traditionnelles.

 

Le gouvernement mondial

Dans Les racines du ciel, le romancier propage aussi les thèses cosmopolites d’une origine commune de tous les êtres humains : “C’est ici que l’homme a commencé. Le berceau de l’humanité est au Nyassaland.” (p. 151). Et Gary réaffirme ses convictions cosmopolites, dans la bouche d’un de ses personnages : “L’alibi nationaliste, je le connais et je le vomis : d Hitler à Nasser, on a bien vu ce que ça cache.” (p. 492). Il devait sans doute parler de l’antisémitisme.

Dans Tulipe (1946), le romancier s’y exprime par la bouche de son héros : “Bâtissez d’abord une société meilleure, basée sur la justice et le respect de la personne humaine, expurgez vos manuels d’histoire, rééduquez les vainqueurs et les vaincus, donnez à tous du pain, du travail et de la lumière… Abolissez le principe criminel de la Souveraineté des États ! Proclamez enfin le principe sacré de l’intervention obligatoire de tous les États dans les affaires intérieures de tous les autres ! A bas l’isolationnisme des consciences ! Pour un monde un et uni, en avant !” (Tulipe, 1946, Folio 2005, p. 127).

Dans un autre roman, L’Homme à la colombe (1958), le héros Johnny plaide pour un “gouvernement mondial” (p. 44). Romain Gary s’affirme donc comme un véritable intellectuel juif, manifestant les mêmes obsessions que la quasi totalité de ses congénères.

 

L’affabulateur

Le dossier du Nouvel Observateur du 26 février 2004, paru à la faveur de la publication d’une biographie de Myriam Anissimov intitulée Romain Gary, le caméléon, révèle que “Gary, souvent a menti. Sans rougir, hissant la dissimulation au rang des droits de l’homme.”

Il se disait par exemple “fils d’Ivan Mosjoukine, digne et bel acteur célébré dans la Russie des années 1930. Myriam Anissimov est formelle : impossible. Mina Kacew, la mère de Romain, n’a jamais posé le pied dans le théâtre ou l’écrivain prétend qu’ils se sont aimés.”

Plus tard, dans sa Promesse de l’aube, Gary fera de Mina une styliste dont la renommée avait gagné Paris. “Sa mère était en réalité une humble modiste exerçant avec difficulté dans les faubourgs crasseux de Wilno [Vilnius], en Pologne [aujourd’hui en Lituanie]. Le métier de biographe est impitoyable”, ajoute le journaliste, qui écrit encore : “le mensonge fut pour lui une politesse. Une carte de visite aussi.”

Il est vrai aussi que les faits d’armes de ce “héros de la France libre” n’ont pas été mentionnés. Il faut croire que l’homme était modeste autant que pudique. C’est un cabotin. Comme Marek Halter ou Elie Wiesel (cf. Les Espérances planétariennes), on a toujours l’impression qu’il invente ses aventures, comme ses rencontres avec des personnages illustres (avec le roi de Suède ou le général de Gaulle).

Il raconte comment pendant la guerre son avion s’est écrasé au nord de Lagos (p. 354). “Mon pilote néo-zélandais et le navigateur furent tués. Je n’avais pas une égratignure… Je me revois encore debout à côté de l’avion brisé, jonglant avec cinq oranges, malgré les larmes qui me brouillaient parfois la vue. Chaque fois que la panique me prenait à la gorge, je saisissais les oranges et me mettais à jongler.”

Il parle aussi de son suicide manqué, en 1941. Fort heureusement, un de ses compagnons s’était jeté sur lui au moment crucial, alors qu’il avait déjà posé le canon de son revolver sur sa tempe. “il avait tout juste eu le temps de se jeter sur moi pour détourner le coup de feu”, écrit-il. (p. 357).

 

Le dépressif

Gary était aussi un “grand dépressif”, lit-on dans le Nouvel Observateur : “Tourmenté, dissimulant sous des manières brusques et une ironie pleine de fantaisie sa grande bonté, émotif au point de rester prostré des heures sans dire un mot, maladivement désordonné”, il avait évidemment des pulsions suicidaires. Dans ses lettres, à René Agid, en 1955, il écrivait : “Un bouton qui manque, un soulier trop petit, une clef perdue et je vois irrémédiablement la paix du suicide comme la seule solution.”

 

Le taré

Dans Pseudo (1976), on voit que ce Paul Pavlowitch (c’est-à-dire Gary) est un habitué des hôpitaux psychiatriques. Il présente des troubles de la personnalité, des obsessions, des névroses, des hallucinations. “Le docteur Christiansen me dit que je me branlais trop.” (p. 18).  “J’ai dû me branler à mort pour effectuer un transfert de culpabilité sur la masturbation.” (p. 46).

“Je connais maintenant la raison de tous mes efforts pour fuir mon identité, la cause de toutes mes angoisses et pipis de peur, de ma culpabilité et de mon refus de l’hérédité. Je suis juif, docteur, d’où la haine de soi-même.” (p. 97). Dans le même genre, il faut lire le Complexe de Portnoy, de Philip Roth, in Le Fanatisme juif.

Enfin, il le reconnaissait : “Je pratique des trous de mémoire, par salubrité et hygiène mentale.” (p. 139). C’est l’amnésie sélective, très caractéristique des personnalités hystériques (cf. notre psychanalyse du judaïsme). “J’ai déposé sur son bureau un document signé de ma main, certifiant que j’étais un taré génétique reconnu tel par tous les historiens… J’ai même signé Émile Ajar, débile mental, menteur invétéré, mythomane, affabulateur, truqueur, faux jeton, imposteur, pseudo, mégalo…” (p. 183).

Gary a aussi tourné un film en Espagne, intitulé Kill. On y voit des belles filles, “seins nus, escortent les caïds du marché de la drogue et se soumettent à leurs fantasmes de brutes milliardaires.” (biographie de D. Bona, p. 332). C’est une œuvre de provocation. On y voit des viols, des égorgements, des empilements de cadavres. Le film, fort heureusement, a fait un flop.

 

L’ambiguïté sexuelle

L’ambiguïté hystérique est présente dans ses romans. On lit, dans les Cahiers de l’Herne : “La différence des sexes devient incertaine : Lola, née homme, a choisi l’identité féminine et l’on ne sait plus si Rosa, vieillie, est bien encore une femme… Assumée par un personnage réfugié dans une clinique psychiatrique pour “troubles authentiques de la personnalité”, Pseudo explore de manière privilégiée les frontières fluctuantes qui séparent raison et folie… Momo, lui-même, connaît ponctuellement une crise de violence qui le submerge : “C’est comme si j’avais un habitant en moi.” (La Vie devant soi, p. 56).

 

Un dybbuk dans sa tête

Le très célèbre Elie Wiesel a exprimé la même idée dans son roman intitulé Un Désir fou de danser, paru en mai 2006 : son héros, qui “souffre d’une folie due à un excès de mémoire”, se confie à un psychanalyste : “Suis-je paranoïaque, schizophrène, hystérique, névrosé ?” (p. 13) “Ainsi que fait le dibbouk, je me réfugie dans ma folie comme dans un lit chaud, une nuit d’hiver. Oui, c’est cela. C’est un dibbouk qui me poursuit, qui m’habite. Qui prend ma place. Qui usurpe mon identité et me donne son destin… D’où mon constant désarroi, ces changements, ces métamorphoses brusques, sans explications ni rites de passage, ce vague à l’âme proche de l’abrutissement, ce flottement d’être qui caractérise mon mal ?” (p. 29).

 

L’inceste

À l’instar de Jacques Attali et de bien d’autres intellectuels juifs, Romain Gary semblait aussi obsédé par cette question de l’inceste, lancinante dans la production littéraire et cinématographique du judaïsme. Les Cahiers de l’Herne nous apprennent que dans son œuvre, “les fantasmes incestueux se déploient, dans toute leur ambivalence. Avec les jeunes femmes qu’il rencontre, Momo, [un de ses héros], hésite entre drague amoureuse et quête maternelle. Sous le couvert d’un amour universel, Jean couche avec une femme qui pourrait largement être sa mère.”

Dans Pseudo (1976), il raconte ceci, au sujet de son père hypothétique : “Je me vois contraint de dire ici que l’extrait de Tonton Macoute et celui de ma mère sont, comme par hasard, introuvables. Ils les ont laissés en Russie, à la source du mal, et c’est en vain que j’ai cherché à les obtenir. La révolution bolchevique, cette grande purificatrice, a tout balayé. Je ne saurai donc jamais s’ils étaient frère et sœur, et s’il y eut inceste. Il s’agit sans doute d’une simple rumeur intérieure.” (p. 157).

Et ce “Tonton Macoute” répond à Pawlovitch : “Ça fait cinq mille ans qu’on me fait chier et personne n’a encore réussi à tirer de ça une civilisation digne du matériau. – C’est vous ou c’est pas vous ? – Évidemment que c’est moi”, répond le Tonton Macoute. “J’ai couché avec ma mère et c’est sorti incestueux, consanguin, dégénéré, fou.” (p. 212).

Dans La Promesse de l’Aube (1960), Gary raconte dans de nombreux passages ses liens fusionnels avec sa mère. Celle-ci, en bonne mère juive, était très possessive, et convaincue d’avoir enfanté le messie des juifs en personne : “Je ne devais avoir guère plus de huit ans, lorsqu’elle commença à me faire le récit de mes succès futurs.” (p. 28). Et encore : “L’assurance totale avec laquelle ma mère avait lancé sa prophétie, en posant une main sur ma tête, dans le plus pur style biblique.” (p. 57).

 

Le frustré mégalo

Dans son roman La tête coupable (1968), on retrouve ce besoin d’être aimé, acclamé, applaudi, que nous avons vu dans un film de Woody Allen, entre autres (cf. Le Miroir du judaïsme). “La Marseillaise fusait de toutes parts. Cohn apparu au-dessous de la foule, porté en triomphe sur les épaules… Les bras levés en V au-dessus du peuple, Cohn, follement acclamé, saluait à la ronde.” (p. 355).

 

La solidarité tribale

Son livre intitulé Pour Sganarelle (1965) est une étude de la littérature. On comprend que le plus grand génie de la littérature mondiale, c’est Kafka : “Le génie de Kafka a brûlé les ailes de tous ces papillons de sa nuit…” (p. 65). “Cet écrivain de génie… Le génie de Kafka” (page 66).

Dans L’Affaire Homme (1978), il en remet une couche : “Kafka, sans doute la plus grande influence littéraire du XXe siècle.” (p. 288). Il parle aussi de Pouchkine, Gogol, et… Alexandre Blok, “pour moi, le plus grand poète russe du siècle.”  (p. 283). On reste en famille, c’est le principal.

 

On a tellement souffert !

Dans presque tous ses livres, Romain Gary rappelle combien les juifs ont souffert au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Des dizaines de millions de goys, civils et militaires qui ont été tués, il n’en a cure. Seuls les juifs sont dignes d’intérêt à ses yeux.

Le romancier colporte ici tous les ragots de guerre les plus grossiers, destinés aux âmes simples. Dans Les racines du ciel (1956), il écrit : “En Allemagne, pendant la guerre, il paraît que nous faisions des abat-jour avec de la peau humaine – au cas où vous ne le sauriez pas.” (p. 156). Et il le répète, à la page 183.

Vingt ans plus tard, dans L’Affaire Homme (1978), il écrit : “Ça me rappelle un peu les abat-jour en peau humaine des camps de concentration nazis.” (p. 76). “À partir du moment où vous n’avez pas une conception sacrée de l’humain, rien ne vous empêche de faire de notre peau des abat-jour. Ce qui, d’ailleurs, a été fait à Belsen.” (p. 292).

Dans La Danse de Gengis Cohn (1967), son personnage Gengis Cohn est le fantôme d’un ancien déporté qui survit depuis vingt-deux ans dans la conscience de Schatz, un ancien nazi devenu commissaire de police. Gary y accrédite l’idée que les nazis transformaient les juifs en savonnettes, avec lesquelles il chantaient sous la douche après avoir violé quelque prisonnière juive : “On fabriquait le savon en gros”, écrit-il. (p. 116).

Dans Pseudo (1976), le romancier nous donne tout de même quelques indications, qui peuvent nous mettre sur une des nombreuses pistes, afin de comprendre l’antisémitisme. On apprend ainsi que son grand-père Ilya était un joueur invétéré : “Il avait été expulsé d’Allemagne, après avoir signé des chèques sans provision, pour payer ses dettes.” Et encore : “Il avait une bijouterie à Nice et chaque fois qu’il perdait tout à la roulette, il mettait le feu à son magasin et touchait l’assurance.” (pp. 148, 149). C’est effectivement un moyen bien connu des commerçants de cette secte pour se faire un peu d’argent. [lire sur ce sujet La Mafia juive]. Toute sa famille “a fini dans les chambres à gaz, en 1943”, apprend-on (p. 151).

 

Le suicidaire

Le suicide est récurrent dans ses livres. À la fin de son roman, Tulipe, déjà, se suicidait “dans une suprême protestation contre “le petit village à côté” du camp de concentration, où les paysans “vivent heureux ». (Cahiers de l’Herne, pp. 78-80). De manière classique chez l’intellectuel juif (cf. le cas de Stefan Zweig, entre autres, in Le Fanatisme juif], le romancier “projetait” sur les goys la responsabilité de son mal-être.

Sa compagne, l’actrice Jean Seberg, la jolie petite vendeuse du Herald Tribune dans A bout de souffle, de Jean-Luc Godard (1960), était, elle, partie dans un délire politique et finançait les activistes noirs du Black Panther Party. Elle sombra dans la folie et se suicida en 1979. Gary, lui, se donna la mort le 2 décembre 1980.

On sait que la pathologie hystérique, qui caractérise si bien le judaïsme, présente la particularité d’être extrêmement contagieuse. Ce n’est pas un hasard si Freud a bâti sa carrière sur l’analyse de cette maladie mentale, puisque, d’une part, il se sentait directement concerné, et d’autre part, il pouvait constater que le mal était largement répandu dans la communauté juive, pour la simple et bonne raison que l’inceste, qui est en partie à la source de cette maladie, paraît y être beaucoup plus pratiqué que partout ailleurs. En avançant sa théorie du complexe d’Œdipe, Freud avait simplement projeté sur le reste de l’humanité un mal très spécifique à sa communauté.

 

“Il est incontestable que par ma mère, j’ai la sensibilité juive, a écrit Romain Gary. Cela se sent dans mes livres et en les relisant, je la retrouve moi-même.” (1). C’est bien ce qu’il nous semblait, en effet. Hervé RYSSEN

 

Sources : (1). Emile Ajar, Romain Gary, Les Cahiers de l’Herne, 2005. Interview parue dans le mensuel juif L’Arche du 26 avril 1970, pp. 40-45.  Tous les autres titres que nous avons cités sont de la collection Folio, en format poche.