Gustave Le Bon et l’université

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Nous vous présentons ci-dessous un texte du fameux Gustave Le Bon sur le système éducatif, tiré de son livre intitulé Le Déséquilibre du monde (Livre VI, chapitre 2). Ca date de 1923, mais c’est encore d’actualité, il nous semble.

 

Les ministres de l’Instruction Publique qui, depuis un demi-siècle, tentèrent vainement de réformer notre enseignement universitaire ont dû souvent songer à la légende de Sisyphe, condamné par les dieux à remonter éternellement au sommet d’une montagne un rocher qui en retombait toujours.

Reconnaissant, comme ses prédécesseurs, la triste médiocrité de notre enseignement, un nouveau ministre de l’Instruction Publique se proposa récemment de le modifier une fois encore. […]

 

La position qu’occupe un pays sur l’échelle de la civilisation dépend du niveau de son élite. La valeur de cette élite se mesure surtout à la qualité des savants indépendants que l’enseignement a su former. […]

La supériorité, si mal comprise en France, des universités allemandes, ne résulte pas de différences des programmes. Ils sont les mêmes partout. Elle tient à des causes d’ordre psychologique, notamment au recrutement des professeurs.

En France, on ne devient professeur qu’après une série de concours exigeant beaucoup de mémoire, mais ne demandant aucune recherche personnelle.

Les longues années passées chez nous à loger dans la mémoire le contenu de gros manuels et à « contempler des équations au lieu de regarder les phénomènes », sont consacrées en Allemagne, par le candidat professeur, à exécuter des travaux personnels dans un des nombreux laboratoireslibéralement ouverts à tous les chercheurs. Puis, l’enseignement étant libre, le futur professeur ouvre un cours, payé, comme tous les cours, par les élèves. Si ces derniers en tirent profit, la réputation du maître grandit et il finit par être appelé dans une des chaires officielles des 25 universités allemandes. Il recevra alors un traitement régulier, mais la plus grande partie de ses émoluments restera toujours payée par les élèves. Il en est de même en Belgique. Je tiens de l’ancien professeur de physique de l’université de Liège, M. de Heen, que ses leçons lui rapportaient plus de 60.000 francs par an.

C’est donc, on le voit, l’élève qui, indirectement, choisit les professeurs, en Allemagne. « Privat-docent » ou titulaire d’une chaire officielle, le maître a le plus grand intérêt à s’occuper de ses élèves, puisque la majeure partie de son traitement provient de leurs rétributions. Dès que l’enseignement se montre insuffisant, les élèves disparaissent.

Un des résultats finals des méthodes universitaires allemandes est d’inculquer le goût de l’étude et des recherches. Les nôtres finissent par inspirer, au contraire, l’horreur de toute cette science livresque si péniblement acquise. Dès qu’ils possèdent les diplômes nécessaires pour obtenir une place, les professeurs ne produisent plus rien. Nos grands laboratoires restent le plus souvent vides. Il est donc bien inutile d’en réclamer de nouveaux.