Maurice Barrès, Programme de Nancy, 1898

Voici le début du Programme de Nancy de Maurice Barrès (1898, “nationalisme, protectionnisme, socialisme”), que nous trouvons dans Scènes et doctrines du nationalisme, publié en 1902.

Les idées nationalistes et sociales que nous avons fait triompher ensemble une première fois, en 1889, avaient à ce moment effrayé certains esprits, à cause de la popularité du général Boulanger. Aujourd’hui, soit qu’elles apparaissent mieux mûries, soit que les circonstances les justifient mieux encore, elles rallient de nombreux adhérents même parmi les adversaires de la précédente campagne, désabusés d’un parti qui n’a rien fait depuis que nous lui avons laissé le champ libre.

Le Comité républicain socialiste nationaliste de Meurthe-et-Moselle et un grand nombre d’électeurs indépendants m’ont demandé de reprendre la lutte électorale. A une politique n’ayant pour objet que des animosités à satisfaire et, pour mobile, que l’avidité de dominer, je viens de nouveau opposer ces idées nationales et sociales que déjà vous avez acclamées et que vous ne répudierez pas aujourd’hui.

Aux sommets de la société comme au fond des provinces, dans l’ordre de la moralité comme dans l’ordre matériel, dans le monde commercial, industriel, agricole, et jusque sur les chantiers où il fait concurrence aux ouvriers français, l’étranger, comme un parasite, nous empoisonne.
Un principe essentiel selon lequel doit être conçue la nouvelle politique française, c’est de protéger tous les nationaux contre cet envahissement, et c’est aussi qu’il faut se garder contre ce socialisme trop cosmopolite ou plutôt trop allemand qui énerverait la défense de la patrie.

La question juive est liée à la question nationale. Assimilés aux Français d’origine par la Révolution, les Juifs ont conservé leurs caractères distinctifs, et, de persécutés qu’ils étaient autrefois, ils sont devenus dominateurs. Nous sommes partisans de la plus complète liberté de conscience ; en outre nous considérerions comme un grave danger de laisser aux Juifs le bénéfice d’invoquer et par là de paraître défendre les principes de liberté civile promulgués par la Révolution. Mais ils violent ces principes par une action isolée qui leur est propre, par des mœurs d’accaparement, de spéculation, de cosmopolitisme. En outre, dans l’armée, dans la magistrature dans les ministères, dans toutes nos administrations, ils dépassent infiniment la proportion normale à laquelle leur nombre pourrait leur donner droit. On les a nommés préfets, juges, trésoriers, officiers parce qu’ils ont l’argent qui corrompt.

Sans même toucher à la loi, en exigeant de ceux qui gouvernent plus de mesure, on doit détruire une disproportion dangereuse et obtenir plus de respect envers nos véritables nationaux, enfants de la Gaule et non de la Judée. Mais surtout il importe de mettre obstacle à la facilité de naturalisation. C’est par cette fissure que nous sont venus les pires Juifs et tant de médiocres Français.”