Samuel Benchetrit, Récit d’un branleur

Samuel Benchetrit est sans doute l’un des écrivains les plus doués de sa génération. Dans son premier roman, le Récit d’un branleur (2000), sa verve étincelante et son esprit caustique éclatent comme un orage dans la morosité du paysage littéraire français. La première phrase donne déjà le ton : « Je vais te dire une bonne chose mon vieux… La vie, c’est qu’un ramassis d’enculés qui n’font que passer. »

C’est que Samuel Benchetrit s’est affranchi de la langue bourgeoise et réactionnaire, toujours en usage chez le vieux cons. Voyez encore : « J’en ai rien à foutre de tous ces miteux qui chient… Et encore plus rien à foutre des pauvres mecs comme toi qui se demandent pourquoi ils chient autant. » (page 3).

Samuel Benchetrit libère aussi son lecteur des convenances chrétiennes de tous les coincés du cul : « Alors j’ai réagi. L’air de rien, j’ai tranquillement enfoncé mon pousse dans le cul de la chienne, ce qui l’a calmée d’une traite. » (page 38).

Rarement dans la littérature, un écrivain a écrit avec pareille franchise. Pour le lecteur, osons-le dire, c’est un régal : « Chaque matin, après mon café et avant d’aller aux toilettes, j’exerçais le rite de la première cigarette. Celle-ci était ma préférée de toute la journée et curieusement, elle provoquait en moi une envie remarquable d’aller chier. » (page 40).

La révolution n’est pas un renversement de l’ordre social, mais consiste à détruire le vieux monde européen. Le processus passe par l’immigration et l’humiliation de l’ennemi, et Benchetrit, qui a parfaitement intégré cette idée, se moque allègrement de l’autorité des vieux goys en voie de disparition : « Avant de sortir du collège, je ne pus m’empêcher d’aller une dernière fois dans le bureau de la directrice. Je mis un coup de pompe dans la porte, baissai mon froc et sortis ma bite pour me soulager à l’endroit exact où se trouvait son bureau. Elle s’appelait Mme Boulin. Et comme disait Karim, c’était une sacrée putain de sa mère. » (page 95).

Bref, Samuel Benchetrit est une référence littéraire pour tout militant révolutionnaire. Dans l’hebdomadaire L’Express, Martine de Rabaudy ne s’y était pas trompée : « Attention : talent ! Récit d’un branleur fait l’effet d’un antidépresseur. Une cure à suivre… comme son auteur. » Le comité de lecture des éditions Julliard est lui aussi tombé sous le charme de ce petit génie des lettres françaises.

Hervé Ryssen Pourquoi l’antisémitisme